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jeudi 2 avril 2009

Le bateau d'Oleg (4)

Avec le printemps, arrivèrent les poutres par la route enfin praticable. Tout le travail accompli au cours de l’hiver prit forme presque d’un seul coup. Ce fut à ce moment là que je réalisais à quel point Oleg avait été fort. En ne laissant jamais la mauvaise humeur et l’abattement nous envahir, nous avions avancé par petits pas, sans nous en rendre compte. Mais maintenant que l’ossature du bateau était positionnée dans le hangar, tout ce que nous avions fait venait s’assembler autour dans un grand élan de joie. Bizarrement, ce ne fut pas à ce moment-là qu’Oleg fut le plus présent. Tout le monde chantait et riait mais lui était enfermé dans son baraquement, sifflotant dans son coin, tranquillement.

Dans le hangar, le bateau grandissait. Son inauguration fut joyeuse. Il s’enfonça d’abord doucement dans les flots avant de se stabiliser à la surface, attendant calmement qu’on le charge, imposant et fier. Si tout le monde hurla de joie lorsqu’on le vit enfin flotter, Oleg lui, resta d’un calme olympien. Il était heureux ça c’est sûr. Son sourire ne le quittait jamais. Mais il n’avait pas besoin d’amener d’énergie. Les choses se faisaient maintenant toute seule.

Le bateau fut chargé et cette opération prit des jours. On sentait qu’à l’approche du départ, l’excitation gagnait à nouveau Oleg. De nouveaux défis allaient s’offrir à nous.

« - Ahaahahahah demain c’est le départ, nous dit-il alors que la nuit était tombée et que nous dînions chez lui. Je suis impatient je ne vous le cache pas. C’est qu’on commençait presque à s’ennuyer ici hein l’architecte ? » Il allait entamer une longue explication lorsque des cris l’interrompirent.

« - Au feu ! Au feu ! » hurlait-on dehors. En sortant, nous découvrîmes les gens courant dans tous les sens, comme pris de folie. Je tournais la tête vers la mer. Et là, je vis de grandes flammes qui s’échappaient du bateau. Il était entrain de brûler. Tout le monde se précipitait vers la grève. Certains pleuraient, d’autres regardaient sans y croire leur rêve et le fruit de tant d’efforts partir en fumée. Je ne peux pas dire combien de temps nous sommes restés comme ça mais j’eu l’impression que cela dura des nuits et des nuits.

Et puis soudain, venant de derrière nous, alors que l’abattement et la tristesse étaient à leur comble, éclata un grand rire. Un grand rire que je connaissais très bien. Dans un même élan, tout le monde se retourna. Oleg était campé en haut de la dune, les deux mains passées dans son grand ceinturon de cuir et il riait, de son rire franc et gigantesque. Sur le coup je crus qu’il était devenu fou. Mais non, rien sur son visage ou dans son regard ne semblait indiquer que la folie l’avait gagné, bien au contraire. D’un pas souple et assuré il descendit jusqu’à nous. Au passage, il releva délicatement un matelot qui c’était laissé tombé par terre abattu par la douleur. Il lui murmura quelque chose qui sembla le regaillardir puis d’une voix forte et pleine de défi nous dit :

« - Bon eh bien ! on dirait bien qu’il va nous falloir racheter du bois. Heureusement que les hangars et tout le reste est déjà construit sinon nous aurions encore perdu un temps fou. » et d’une frappe virile dans mon dos il enchaîna :

« - Tu en est l’architecte hein ? Tu ne vas pas abandonner ? 

Un peu pris au dépourvu je lâchais un timide :

« - Oui oui bien sûr. J’en suis.

« - Parfait alors rentrons ! Demain, nous avons du pain sur la planche. On n’abandonne pas ses rêves sur le bord d’une plage n’est-ce pas ? »

mercredi 1 avril 2009

Le bateau d'Oleg (3)

« - Abandonner ? je crus sur le moment que je venais de m’adresser à lui dans une langue qu’il ne connaissait pas. Abandonner ?! Non mais tu ne sens pas bien l’architecte, me dit-il sur un ton très calme les sourcils froncés. Abandonner parce que des poutres en bois n’arrivent pas ? C’est ridicule.

« - Mais enfin Oleg…on ne peut pas continuer à construire ce bateau sans poutres c’est impossible. Et elles n’arriveront qu’après l’hiver maintenant. Et encore ça n’est même pas sûr. J’ai eu un courrier du fournisseur, il est très loin d’avoir réuni toutes pièces dont nous avons besoin. Il va nous falloir des mois et des mois avant de réussir à les réunir au grand complet. Cela va coûter des sommes folles et… il m’interrompit d’un geste.

« - L’argent c’est mon affaire. Ne t’en fait pas pour ça. Ce projet je veux qu’il voit le jour quel qu’en soit le prix matériel à payer. Il faut bien que tu comprennes quelque chose l’architecte. Il se leva et commença à marcher dans toute la pièce en agitant les bras. Je suis fier que ce bateau voit le jour et avance chaque jour un peu plus. Je suis heureux lorsque j’arrive le matin ici et qu’une nouvelle journée commence avec son lot de problèmes à résoudre et de solutions à trouver. Si j’ai voulu me lancer dans un projet aussi gigantesque c’est parce que bien sûr, je serai le roi de la mer mais c’est aussi et surtout parce que chaque jour, chaque minute qui vient, je les passe à construire, faire avancer, réfléchir…Tu comprends ce que je veux dire l’architecte ? Je n’abandonnerai pas non pas parce que je suis têtu et fier, même si il y a un peu de ça aussi. Non. Je n’abandonnerai pas parce que si ce projet devait se finir aujourd’hui, j’en recommencerai un autre immédiatement derrière. C’est ma vie. C’est la vie construire des choses et les faire aller le plus loin que tu puisses les porter, tu ne crois pas ? »

Je fus un petit peu surpris de l’entendre dire ça. Je balbutiai bêtement :

« - Oui euh…sûrement…enfin peut être…je ne sais pas  mais en tous les cas ce que je sais c’est que là pour le moment niveau poutre…

« - Ne t’occupe plus des poutres. Je vais me charger de trouver un autre fournisseur. Attaque le pont. Nous avons assez de bois pour le pont ?

« - Probablement, répondis-je un peu penaud.

« - Très bien alors évalue ce que nous avons pour faire le pont et commence les découpes.

« - Très bien.

« - Et quitte moi cet air triste un peu. » Il vint s’asseoir juste à côté de moi, me posa une main sur le genou et avec un sourire franc rajouta :

« - Imagine le bateau navigant au large, chargé et fier, fendant les flots avec ses belles lignes que tu lui auras dessinées et auxquelles tu auras pensé pendant tant et tant de temps. N’est-ce pas tout simplement magnifique ?

« - Si. Oui. C’est sûr. » Je commençais à me détendre un petit peu. Il ferma les yeux, tendit les bras et sur un ton théâtral, le sourire aux lèvres, il reprit :

« - Ah ! L’air marin, les embruns, les terres nouvelles...Respire. Vas-y l’architecte, respire avec moi ? Il prenait de grandes inspirations bruyantes et c’était maintenant levé. Les tempêtes et les couchés de soleil, les dauphins à l’étrave et les îles mystérieuses. Il rouvrit les yeux et éclatant de rire il conclut. AHAHAHAHA ! C’est avec tout ça qu’il faut travailler l’architecte. Pas avec des histoires de poutres qui n’arrivent pas à l’heure. »

Je refermais la porte derrière moi. Commencer à se lancer dans le pont alors que nous ne savions même pas si la structure même du bateau allait nous arriver un jour me paraissait complètement dément. Mais en même temps, que faire d’autres ? Et puis Oleg possédait ce don unique de vous faire voir que la vie était belle, même lorsque tout semblait sombre.

Les jours passaient et je n’avais toujours pas de nouvelles des poutres. Après les découpes du pont nous nous attaquâmes à ce qui devait constituer les cabines. Puis nous nous lançâmes dans les soutes et les compartiments de celles-ci. Dans les entrepôts d’à côté, les marchandises continuaient d’arriver.

L’hiver passa, maintenu loin par Oleg et ses histoires rocambolesques. A chaque fois que l’un de nous se mettait à douter, le rire tonitruant de celui qui nous avait recruté faisait exploser la mauvaise humeur qui ne devenait plus, rapidement, qu’un mauvais souvenir.

mardi 31 mars 2009

Le bateau d'Oleg (2)

J’appris rapidement à connaître Oleg. Au début nous n’étions que quatre dans son « équipe ». Il y avait Oleg, bien sûr, sa femme qui était chargée de l’intendance, un charpentier nommé Thomas et moi-même.

Oleg passait des soirées entières à nous expliquer son projet démentiel. Mais plus il en parlait, plus il nous semblait fou.

« - Et donc si j’ai bien compris, fini par dire un soir Thomas, nous construisons le bateau, nous le chargeons et nous partons droit devant nous vendre le tout à l’autre bout du monde. C’est bien ça ?

« - Exactement. Tu as tout compris.

« - Mais si jamais le bateau coule ou si jamais il arrive un malheur, qu’est ce qu’on devient ? » Oleg regarda le feu une longue minute l’air dubitatif. Puis son visage s’éclaira d’un sourire et il dit l’air fier de lui :

« - Il n’arrivera rien. Ne vous inquiétez pas. Ce qui compte pour le moment, c’est d’avancer. Chaque chose en son temps. » Puis il partit dans un grand rire et rajouta :

« - Et puis au pire nous nous serons connus et nous aurons vécu un grand moment ensemble. N’est-ce pas déjà suffisant ? » et après m’avoir mis une grande claque dans le dos qui failli me briser la colonne vertébrale, il décida que c’était l’heure d’aller se coucher.

Alors, suivant Oleg et ses idées folles, nous avancions. Rapidement, le nombre de personnes sur le chantier augmenta. La plaine petit à petit se transforma. Le hangar à bateau grandit, les baraquements se remplirent d’hommes, les docks de stockages sortirent de terre, prêts à accueillir les marchandises. Et partout, le rire d’Oleg éclatait, donnant de l’énergie à tous, balayant les doutes et les peurs.

A la fin de l’hiver pourtant, le premier vrai problème fit son apparition.

« - Oleg, je peux te voir une seconde, demandais-je un jour qu’il commençait à neiger.

« - Entre l’architecte entre. Alors qu’elles sont les nouvelles ?

« - Nous allons avoir un sérieux problème. Il se trouve qu’en discutant avec Thomas sur la taille des bois dont je vais avoir besoin pour réaliser la structure du bateau, il m’a fait part de ses inquiétudes.

« - Raconte.

« - La construction des hangars et des maisons a mobilisé beaucoup de bois et les forêts des alentours ont été vidé de leur bois de structure. Je crois qu’il va falloir que nous fassions venir des poutres d’ailleurs. »

Oleg se leva et tout en se passant la main dans sa grande barbe marmonna une série de paroles incompréhensibles. Puis il finit par dire :

« - Hum hum. Ce n’est pas l’option la plus avantageuse et cela va entraîner de grosses dépenses mais si nous n’avons pas le choix, alors faisons venir du bois d’ailleurs. »

Cette « option » comme il l’appelait, allait nous rajouter des mois de travail. Le temps de commander les nouveaux bois, de les faire venir, de les travailler pour les besoins du bateau etc… cette perspective me plongea soudain dans un profond abattement. Je quittais Oleg en traînant les pieds.

Plusieurs jours passèrent. Je n’allais pas mieux et le mauvais temps qui se déchaînait ne faisait que rajouter à mon humeur massacrante. Un soir, alors que nous étions réuni dans la cabane d’Oleg pour discuter de tout un tas de détails je lui fis soudain part de mon envie d’abandonner :

lundi 30 mars 2009

Le bateau d'Oleg (1)

Le bateau d’Oleg

Oleg Oliakov avait des bras comme des bûches, une barbe noire et broussailleuse contrastant avec son crâne parfaitement rasé et brillant, des mains énormes et un rire à faire trembler les montagnes. Mai Oleg n’était pas seulement immense physiquement. C’était toute sa personne qui était gigantesque. Sa façon dont il brassait de l’air comme un moulin à vent, ses déplacements incessants alimentés par une énergie incroyable étaient autant de témoignages de sa démesure. C’était à croire que chez lui, la fatigue n’était qu’une idée mais rien de plus. Elle ne s’exprimait jamais concrètement, si ce n’est sur l’équipe avec laquelle il travaillait. Car Oleg avait un rêve depuis toujours. Il voulait construire un bateau. Mais pas n’importe quel bateau. Un bateau énorme, à sa mesure à lui. Le bateau le plus grand du monde disait-il. Un bateau à l’intérieur duquel il pourrait mettre des tas et des tas de marchandises et partir les vendre là-bas, dans ces pays lointains qui n’ont pas ce que nous avons ici :

« - Tu comprends l’architecte, m’avait-il expliqué le jour où il était venu me voir pour me parler de son projet, avec un bateau suffisamment grand nous pourrons partir à l’autre bout de la terre, chargés des milles épices d’ici et une fois sur place nous vendrons tout notre stock. Mais surtout, nous ferons des rencontres par milliers, nous allons découvrir le monde, goûter à des plats nouveaux... AHAHAHAHA mon ami !! Grâce au bateau que tu vas nous construire, une nouvelle vie va s’ouvrir à nous. »

Je n’avais pas pu refuser. Ça n’était pas que j’y avais spécialement réfléchi avant. Non non. C’était juste qu’Oleg était tellement sûr que je dirai oui, qu’il me considérait déjà comme faisant parti de l’aventure. Alors j’ai suivi. Comme j’étais à l’époque un tout jeune architecte de marine qui n’avait pas encore prouvé grand chose, je me suis dit qu’à coup sûr, tout ceci était une chance.

Ce n’est qu’une fois sur place que je me suis dit que j’aurai peut-être du le prévenir que je n’étais pas magicien mais seulement architecte.

Oui. Parce que si Oleg ne se laissait abattre par rien, il avait un rapport assez étrange avec la réalité.

« - Mais…je vais devoir construire le plus grand bateau du monde ici ? » demandais-je le jour où il me présenta fièrement une grande plaine vide qui tombait jusqu’à la mer, située juste derrière lui.

« - Exactement. Tu as tout compris mon ami.

« - Mais attend Oleg…Il n’y a rien là. Il n’y a même pas un bâtiment pour nous abriter nous.

« - Qu’est ce que tu crois ? Que je ne le sais pas. »

Son bras énorme vint s’entourer tout autour de mon cou et j’eu soudain le sentiment désagréable d’avoir un énorme anaconda posé sur moi.

« - Regarde et fait jouer ton imagination. Tu vois, là-bas sur la gauche, on va faire monter un hangar pour le futur bateau. Il va falloir qu’il soit immense mais la forêt qui est là, juste derrière, est à moi. On va la raser pour s’en servir pour les hangars. A droite de la plaine par contre, on va construire tout un tas de baraquements pour les hommes qui vont nous aider et pour stocker les marchandises que je commencerai à entreposer pour notre futur voyage.

« - Oui ben avant de parler de marchandises on va déjà parler du bateau parce que là on en est loin Oleg. »

Il se tourna vers moi et mis ses deux grosses mains sur mes épaules. Je dus d’ailleurs à ce moment-là m’enfoncer un peu dans le sol tellement elles étaient lourdes. Me fixant droit dans les yeux il me dit le plus sérieusement du monde :

« - Tu sais construire des bateaux l’architecte ?

« - Oui

« - Tu l’as bien en tête, tu es sûr ?

« - Il faut que j’approfondisse un peu mais oui en gros je sais à quoi il va ressembler et comment je vais m’y prendre pour le construire, répondis-je sans trop y croire.

« - Alors sache que l’essentiel est là. Si tu as l’idée, tout le reste n’est qu’un détail matériel. Ce sont les idées et les projets qui nous font vivre. Et rien ne doit t’arrêter. Laisse aller ton imagination. Je m’occupe du reste. Allez viens, allons manger ! Ce n’est pas bon de se lancer le ventre vide dans de grands projets. » Et de son pas joviale et immense, il partit droit devant lui.

jeudi 13 novembre 2008

Conte : La baie des cormorans (9)

Tout en parlant, Léonide et sa grand-mère avaient repris petit à petit le chemin de la maison. Elles étaient maintenant à la porte de celle-ci et comme la vieille dame était en train de terminer son récit la petit lui demanda :

« - Dit mamie, pourquoi est ce que tu m’as raconté toute cette histoire ?

« - Comme ça…pour le plaisir. Pour que tu saches que cette baie n’est pas tout à fait comme les autres…que ce n’est pas rien de vivre dans un endroit pareil. » Comme elles enlevaient leurs bottes et qu’elles s’apprêtaient à préparer un grand bol de lait chaud, la grand-mère d’un ton innocent demanda à Léonide :

« - Dit moi ma petite  fille, est ce que tu ne voudrais aller me chercher ma barrette de nacre dans le tiroir de ma coiffeuse. Tu sais le meuble qui est dans la chambre que maman prépare toujours lorsque je viens ?

« - Oui bien sûr. » Et aussitôt Léonide fila dans les escaliers pour chercher la barrette. Elle n’avait pas trop l’occasion d’aller dans cette chambre. D’abord parce qu’il n’y avait rien de spéciale à y faire et puis ensuite parce que même si c’était une chambre pour les amis, c’était sa grand-mère qui y dormait le plus souvent. Alors c’était quand même un petit peu sa chambre. Elle entra, trouva le meuble, ouvrit le tiroir, fouilla d’une main le fond. Ses doigts rencontrèrent quelque chose qui ne ressemblait à rien de ce qu’elle pouvait connaître. Intriguée, elle sortit l’objet de sa trouvaille. Et là, devant elle, apparut un superbe hippocampe blanc, sec, mais parfaitement bien conservé. Elle ouvrit la bouche comme si elle avait voulu crier mais pas un son n’en sorti. Un hippocampe blanc…dans le tiroir de sa grand-mère…se pourrait il que…ne pouvant retenir sa question, elle descendit les escaliers quatre à quatre, tenant devant elle, le précieux animal. Elle pénétra dans la cuisine, les yeux grands comme des soucoupes. La vielle femme était assise tranquillement face à son bol fumant.

« - Mamie, t’as vu ce que j’ai trouvé dans ton tiroir.

« - Ah oui tient ! Un hippocampe blanc…dit elle avec un sourire malicieux. C’est un animal bien étrange n’est ce pas ?

« - Étrange mais…et l’histoire que tu viens de me raconter…est ce que toi et papy vous étiez…

« - …le prince et la princesse de la baie ? » Le silence tomba sur la pièce. « - Non ma chérie. Cet hippocampe n’est pas à moi. Il appartenait à ma grand-mère à moi qui elle-même le tenait de sa grand-mère à elle. Tout comme l’histoire que je t’ai raconté. Mais tu sais ma chérie, le plus important dans une légende, ça n’est pas qu’elle soit vraie ou non, le plus important est qu’elle fasse rêver. Tout le reste, n’a pas vraiment d’importance. »

mercredi 12 novembre 2008

Conte : La baie des cormorans (8)

« - C’est lui qui me trouvera…ah tien ! C’est nouveau ça. Bon. Il ne me reste plus qu’à attendre alors. » Le prince regarda tout autour de lui. Il n’avait donc plus rien à chercher. Il n’avait qu’à attendre et à être attentif.

Il se laissa alors doucement remonter vers la surface. La plaine s’étalait à perte de vue. Elle ondoyait parfois lorsque le courant jouait avec les algues. On pouvait y voir des collines et des vallées toutes en rondeurs ondulant calmement sous le tapis vert. Et toute une vie s’animait au dessus de cette masse épaisse et continue. Des poissons, seuls ou en banc se promenaient, chassaient, divaguaient, virevoltaient çà et là. Le prince se laissa aller à la contemplation de ce spectacle. Cela le changeait tellement de ce qu’il avait pu voir jusqu’alors. Et puis, était ce le fait qu’il n’avait pour ainsi dire, plus rien à faire qui avait ainsi modifié sa vision du monde. Toujours était il qu’il voyait maintenant autour de lui un monde totalement nouveau, entièrement à explorer. Il n’était plus un prince qui se rendait d’un endroit à un autre avec la nécessité de trouver ce qu’il cherchait. Il était un petit poisson au milieu d’une immensité toute entière à explorer. Et l’envie de découvrir était entrain de gonfler en lui.

Puis ses pensées allèrent vers la fille de la baie. Il la revoyait, nageant entre deux eaux, se dirigeant vers lui comme si elle-même avait été un être de la mer. Son cœur se mit à battre et tout autour de lui tout lui paru soudain bien triste.

Il était en train de dériver au lentement lorsque son regard fut attirer par une étrange tâche blanche posée en plein milieu des algues. Il commençait à faire nuit et comme celle-ci brillait légèrement, il était quasiment impossible de ne pas la remarquer. Il plongea vers le fond pour se fondre dans la masse d’algues. Puis discrètement, il tenta de s’approcher de la tâche lumineuse. C’est à ce moment là qu’une voix lui parla dans sa tête :

« - Inutile de te cacher. C’est toi que j’attendais. » Complètement surpris il répondit :  

« - Moi ? Vous êtes sûr ?! Comment pouvez vous savoir ?

« - Ne t’en fait pour ça. Avant que tu ne montes sur mon dos et que je te conduise dans le monde que tu désires tu dois savoir une chose. Nous ne nous ne sommes pas fait, toi comme moi pour évoluer dans le monde des airs et des vents. En montant sur mon dos, tu bénéficieras de mon aura magique pour quelques heures. Passé ce délais et une fois le soleil revenu, tu devras impérativement venir me rejoindre là où tu m’as laissé et nous devrons retourner sous l’eau quoi qu’il arrive. Si tu ne reviens pas avant ce moment là, je te laisserai seul et tu mourras. Mais rassure toi. Tant que je serai en dehors de l’eau tout ira bien pour toi. Alors ? On y va ? »

Sans hésiter une seule seconde, le prince enfourcha l’hippocampe blanc qui aussitôt fila comme le vent. Le vent. Se fut cette sensation étrange qui fit ouvrir les yeux au prince. Ils étaient en train de galoper le long de la plage qui bordait la baie des cormorans. La lune inondait la nuit de sa lumière douce. Tout en haut de la colline qui surplombait la baie, une petite lueur éclairait les fenêtres d’une maison.

« - Va, c’est la haut qu’elle habite. Mais surtout n’oublie pas. Reviens avant le jour sinon…. » Le prince entendit à peine la dernière recommandation. Il courut tout le long du petit sentier qui le conduisit jusqu’à la demeure. L’air emplissait ses poumons. Essoufflé et euphorique, il frappa d’une main tremblante à la porte. Quelques secondes plus tard, celle-ci s’ouvrait et pour la première fois, ils purent se parler.

La nuit s’envola, pleine de paroles et de charmes. Le prince crut vivre un rêve. Lorsqu’il ouvrit les yeux le matin, sa première réaction fut de sauter hors du lit. Le soleil courrait sur sa peau et….non ; il passa sa main sur tout son corps ; il n’était pas mort. Il regarda la pièce tout autour de lui. Sur la petite table de chevet, celle qui était située sous la fenêtre et qui donnait sur la mer, il vit posé là, un petit hippocampe blanc, sec, parfaitement conservé. Un sourire illumina son visage. Il descendit l’escalier jusqu’à la cuisine, l’hippocampe à la main. Elle le regarda l’air malicieux :

« - Je l’ai trouvé en allant me promener ce matin sur la plage. J’ai pensé que se serait un joli cadeau. Ils sont rares ceux qui sont tout blanc comme ça. »

Le prince n’eut jamais à retourner sous la mer et il put rester avec la fille de la baie des cormorans. Il ne chercha jamais à savoir comment et pourquoi il avait pu ainsi rester là. Mais le bonheur qui l’envahi à se moment là le porta chaque jour. Le bonheur d’avoir pu changer son destin et d’avoir été libre.

mercredi 5 novembre 2008

Conte : La baie des cormorans (7)

Puis petit à petit il se calma. Il commença à regarder tout autour de lui. Il n’y avait rien que de l’eau, sans barrières, sans limites. Des ombres gigantesques se profilaient au loin. L’espace d’un instant, il recula. Son dos vint s’appuyer contre la muraille qu’avait fait ériger son père. Non. Il ne pouvait pas revenir en arrière. C’était face à lui maintenant, qu’il devait nager. Dans les premiers temps, il croisa beaucoup d’espèce qu’il connaissait déjà dans sa baie. C’était une sensation étrange que de ne pas connaître les visages, les prénoms. Chez lui tout le monde le connaissait et le respectait. Ici rien. Les poissons le regardaient passer avec indifférence peut être même un peu de mépris. Ici, face à la grandeur de l’océan, il n’était rien. Il nagea ainsi pendant trois jours, droit devant lui, sans parler à personne, à la fois émerveillé et terrifié par ce monde qui semblait ne jamais se terminer.

Et plus il avançait, plus tout semblait grandir autour de lui. La distance entre le fond et la surface devint si grande, que bientôt il ne put même plus distinguer le premier. Une sourde inquiétude monta soudain en lui. Certes le vieux poisson volant lui avait dit de nager droit vers le large. Et c’est ce qu’il avait fait. Mais le plateau, il ne le voyait toujours pas. Il se décida à aller demander sa route à poisson de passage. Or un mérou se promenait par là, énorme et nonchalant.

« - Excusez moi…hum hum…excusez moi.

« - Oui ? lui répondit le mérou de sa voix de baryton.

« - Je…je suis à la recherche d’un endroit nommé la grande plaine. J’ai là bas un ami que je dois voir mais je me suis un peu égaré en route et euh…je ne sais plus trop où je me trouve.

« - La grande plaine ? Ah oui, bien sûr. Mais tu es allé trop loin au large. Il faut que tu reviennes sur tes traces petit. Et puis il faut que tu remontes la côte vers le sud. C’est tout prés. A peine trois jours en nageant correctement. En plus tu as de la chance. Le courant te porte dans ce sens là. »

Trois jours. Et pour ce mérou, ça n’était rien. Trois jours à nager sans s’arrêter. Sans attendre le prince se mit en route. Un peu porté par le courant, un peu porté par son courage et son excitation du à toutes ces nouvelles découvertes, il nagea. Mais en longeant la côte, il découvrit des paysages bien plus diversifiés que lorsqu’il avait nagé droit vers le large. Il passa ainsi au dessus de bancs de sables immenses, qui dessinaient au sol des vagues statiques et claires. Il découvrit des amas rocheux si grands et si pleins qu’il préféra ne même pas s’y aventurer de peur de s’y perdre à tout jamais. Il dormit au creux d’algues douces comme la peau d’une murène et goûta des plats dont il ignorait l’existence. Enfin, après trois jours de nage et de découvertes, la grande plaine commença à se dérouler sous ses nageoires. C’était une étendue d’algues qui se perdait dans le lointain. Une prairie sous la mer à travers laquelle courrait toutes sortes d’animaux. Mais elle était si grande que très vite, le prince se demanda comment il allait bien pouvoir trouver l’hippocampe blanc au milieu de tout ça.

Au beau milieu de l’étendue, une anguille était en train de serpenter tranquillement. Le prince s’approcha d’elle. Il prit son courage à deux mains et demanda :

« - Excusez moi. Je voudrais savoir si par hasard vous aviez vu récemment un hippocampe blanc dans les parages. On m’a dit qu’il était par là il y a encore quelques temps et ….enfin voilà euh… comme je ne sais pas trop comment faire pour le trouver, je me suis dit que le mieux était encore de demander.

« - L’hippocampe blanc ? Cela ne sert à rien que tu le cherches. Tu ne le trouveras jamais. C’est lui qui te trouvera si vous devez vraiment vous rencontrez. » Et sur ces paroles un peu mystérieuses, l’anguille disparu au milieu des algues.

mardi 4 novembre 2008

Conte : La baie des cormorans (6)

Le prince leva la tête. Face à lui, la grande muraille s’élevait, imposante et écrasante. C’était la marée haute. Avec un peu de chance, l’eau atteignait quasiment le haut de la muraille. En prenant suffisamment d’élan, peut être pourrait il arriver alors à surmonter ce tas de pierres et retomber de l’autre côté, là où se trouvait l’océan immense et l’hippocampe blanc. Oui peut être...alors, tout lui serait ouvert. La découverte de l’autre monde, la rencontre avec la fille du bord de l’eau....Les images et les envies lui tournaient dans les têtes obsédantes et tourbillonnantes. Elles écartaient sur leur passage, toute raison et toute logique. Et soudain, il se mit à la nager vers la surface, filant droit devant lui. Sous son ventre, le mur défilait de plus en plus vite. Il ne réfléchissait plus à rien. La pression au fur et à mesure qu’il montait, se faisait moins dense. Il glissait dans l’eau fluide avec une légèreté et une agilité incroyable. Il avait les yeux fermés. Agir agir agir !!! Nager. Encore. Toujours. Plus vite. Plus fort. Puis soudain...plus rien. Il sentit son corps comme en apesanteur. Sa respiration fut subitement coupée et une violente gifle froide le saisi. Il ouvrit les yeux. Tout autour de lui, il y avait une immensité sombre et bruyante. Il faisait nuit, la lune brillait dans le ciel. Tout le temps qu’il fut en l’air, ce fut un immense sentiment de liberté. Une joie profonde s’empara de lui lorsqu’il vit le mur s’effacer sous lui. Il avait réussi. A peine une seconde plus tard, il retombait de l’autre côté de l’enceinte. Transi par son exploit, il eut du mal tout d’abord à tenir en place. Il dansait dans tous les sens en fusant comme une étoile filante. Tout ! Tout était possible maintenant. Il n’y avait plus aucune barrière devant, plus rien ne pouvait l’empêcher de trouver l’hippocampe blanc. 

lundi 3 novembre 2008

Conte : La baie des cormorans (5)

“- Eh bien voilà...Comme vous le savez peut être, mon père me réserve ce royaume de la baie des cormorans. Il veut que je sois son successeur, celui qui continuera ce qu’il a commencé. Mais moi, ça ne me dit rien du tout. Je n’ai absolument pas envi de continuer à vive ici et pour tout dire, je n’ai même plus envi de vivre sous la mer.” Il marqua un temps d’arrêt pour voir quelle serait la réaction du poisson volant à l’évocation de cette idée. Mais ce dernier, resta de marbre, le sourire gravé sur ses lèves et le regard avide de connaître la suite.

“- En fait, j’aimerai rejoindre le monde de l’air et des vents, celui qui est de l’autre côté de la surface. Juste un jour, juste une nuit. Il y a là quelqu’un avec qui j’aimerai parler rire et échanger. Mais pour l’instant nous ne pouvons rien faire d’autre que de nous deviner, nous effleurer. Elle a bien tenté de venir elle, dans notre monde. Mais tout est si rapide, si basique. Je sens que l’on a plus de choses à échanger qu’une nage. Ah, j’aimerai tellement pouvoir aller la rejoindre dans son monde. Ne serait ce qu’une fois....”

Le petit prince baissa les épaules. Le vieux poisson volant détendit ses grandes ailes, inspira une grande bouffée et doucement, vint poser une main amicale sur l’épaule abattue du petit prince :

“- Je peux peut être t’aider. Il se trouve que je sais où tu peux rencontrer l’hippocampe blanc.

“- Rencontrer qui ? demanda la petit prince.

“- L’hippocampe blanc. C’est un animal très rare et comme tous les animaux rares, il possède des vertus magiques uniques. Mais il ne viendra pas à toi. Il faudra que tu ailles le chercher.

“- Mais il me permettrait de faire quoi par exemple...insista-t-il intrigué.

“- Je ne sais pas, je n’ai jamais à eu à faire à lui directement. Mais je sais qu’il est très puissant. Va, trouve le et je suis certain qu’il pourra faire quelque chose pour toi.

“- Et où puis-je le trouver ?

“- Juste avant que nous arrivions et que nous soyons obligé de venir nous abriter dans votre baie je l’ai aperçu qui galopait sur le plateau des algues, droit devant vers le large. Si tu te dépêches, je pense que tu peux encore l’y trouver.

“- Mais mais mais...pour aller sur la grande plaine, il faut d’abord que je franchisse la muraille et ça, c’est impossible.

“- Impossible ? Et comment avons nous fait ?

“- Mais vous ce n’est pas pareil ! Vous avez des ailes. Moi je n’ai rien.

“- Si. Tu as envi d’accomplir tes rêves et ça, ça vaut toutes ailes du monde crois moi. Ne te laisse pas abattre par un mur. Un mur se saute, se franchit, se contourne, il y a toujours une solution. Toujours. A moins que tu ne veuille rester là et accomplir le destin tout tracé que ton père te réserve?! A toi de voir. Moi je t’ai dit que tu pouvais. Maintenant celui qui pourra agir, c’est toi et uniquement toi.” 

vendredi 31 octobre 2008

Conte : La baie des cormorans (4)

“- Dite moi monsieur, quand on dit que vous êtes un poisson volant, est ce vrai que cela veut dire que vous pouvez quitter le monde de l’eau pour aller dans celui des airs ?

“- Exectement

“- Waouh...dans les airs !!!. Alors vous êtes souvent de l’autre côté ?

“- Souvent souvent....quand je me déplace oui.

“- Et c’est comment de l’autre côté ?

“- De l’autre côté c’est....comment dire, un autre monde. Il y a le soleil qui te brûle la peau si tu restes trop longtemps sous ses rayons, il y a le vent qui te porte et te pousse, il y le bruit des oiseaux et de la mer, le bruit des vagues et des bateaux. Il y a les humains qui crient lorsqu’ils te voient surgirent des flots...il y a tant de chose différentes d’ici. Tout est beaucoup plus bruyant et sauvage. C’est...indescriptible tant qu’on ne l’a pas vécu.

“- Et l’on peut y rester longtemps nous ?

“- Nous ? Le peuple de la mer tu veux dire ? Oh non. Ce monde là on l’effleure. On y passe comme des flèches mais on n’y reste pas. Où alors on y meure.

“- ça n’est jamais arrivé que l’un d’entre nous reste à tout jamais de l’autre côté ?

“- Non je ne crois pas non. En tous les cas, je ne vois pas comment cela serait possible.”

Un peu abattu par cette révélation, le petit prince quitta la table. Sans trop y réfléchir, il se laissa dériver vers les rochers là où chaque jour, il venait jouer avec la jeune fille. Puis il se laissa dériver par les courants de la baie et finit par arriver au pied des remparts. Une équipe de crabes était en train de réparer une brèche. Ils le saluèrent poliment au passage.

C’est alors que surgit de nulle part, un des poisson volant qui avait été invité au banquet mais avec lequel le prince n’avait pas pu parler. Il était plus âgé que les autres et affichait en toute circonstance, un sourire joyeux :

“- Tu me sembles bien triste mon garçon.

“- Triste ? N’y aurait il pas de quoi ? Je suis enfermé dans une baie par un mur infranchissable et la seule personne avec qui j’aurai réellement envi de passer du temps m’est totalement inaccessible. Vous ne trouver pas qu’il y ait là lieu d’être triste ?

“- Non au contraire. Je trouve qu’il y a plutôt là une formidable opportunité de partir à la découverte d’une nouvelle vie.

“- D’une nouvelle vie ?! Mais ma vie n’aura jamais rien de neuf ! Je suis l’héritier d’un roi qui refuse le monde extérieur et qui nous a tous enfermé avec lui. Je ne suis pas malheureux. Mais que voulez vous que je fasse pour échapper à tout ça ? Vous pouvez me le dire ?

“-  Quoi faire ? Mais tout justement. Car il y a beaucoup, beaucoup d’autres possibilités. Tu sais, j’ai voyagé à travers les mers du monde entier et ces années d’errances poussées par les courants et les vents m’ont appris deux choses. La première c’est qu’il ne faut jamais se contenter de ce que l’on connaît. Ça n’est pas le monde. Ça n’est qu’une petite, microscopique, infime partie de l’immensité qui nous entoure. Et la seconde, c’est que c’est dans cette immensité que réside la solution à tous nos problèmes. Ce n’est pas parce que tu ne trouves pas ici, autour de toi, ce que tu cherches, que cela n’existe pas. Bien au contraire.

“- Une solution à chaque problème ? Même si le mien parait incroyablement difficile voir impossible à résoudre ?

“- Dis moi toujours...” renchérit le vieux poisson volant l’air complice. Le petit prince le regarda longuement. Ce poisson là, n’était du genre à parler pour ne rien dire. On sentait dans son regard toute la quiétude de celui qui était sorti de mille piéges, de milles chausses trappes et qui maintenant, désirait plus que tout au monde faire partager aux autres sa longue expérience.

jeudi 30 octobre 2008

Conte : La baie des cormorans (3)

L’été approchait chaque jour un peu plus et les températures ne cessaient de grimper. Avec elles, la fille s’aventurait toujours un peu plus loin dévoilant au prince, de nouvelles parties de son corps. Celui-ci, timide et respectueux à la fois, c’était d’abord tenu à distance. Puis il avait commencé à venir nager auprès d’elle. Tournant autour d’abord. Puis se rapprochant à chaque baignade. Ils avaient finit par se frôler, s’effleurer ; frissonnant l’un l’autre.

Vers mi-juillet les vents tombèrent, les nuages s’enfuirent, laissant au soleil la plein et entière jouissance d’inonder la terre. Ce qu’il fit sans se priver. Les températures devinrent caniculaires. Ce fut à ce moment là que la fille plongea complètement dans la baie. Corps et tête, entièrement, sans retenue. Le prince qui depuis longtemps attendait ce moment, s’approcha doucement. Ensemble, ils se mirent à danser dans les eaux de la baie. Et le ballet, dura tout l’été. Étrange et silencieux. Entrecoupé de remontées à la surface pour pouvoir respirer, de sorties trop longue pour qu’elle puisse se réchauffer. Puis vint l’automne. Le froid. De nouveau, la fille repassa de l’autre côté de la surface, floue, lointaine. Et pourtant toujours présente, chaque jour.

La situation devint difficile et pour elle et pour lui. Ils voulaient aller plus loin mais ne pouvaient se parler, se toucher. Toujours ce problème de froid, de distance, de respiration. Et en plein cœur de l’hiver, il arriva même qu’elle ne puisse se rendre à l’océan tant le temps était exécrable.

Or un jour que le prince se promenait seul à travers le royaume, il sentit comme une profonde agitation agiter tout le monde :

“- Ils sont là venez vite !

“- Comment ? de l’extérieur ?

“- Mais ils volent je vous dis. Ils volent au dessus des eaux... Pour eux, il n’y a pas de barrières...”

Intrigué, le prince interpella une sole qui passait par là et lui demanda :

“- Excusez moi mais...pourriez vous m’expliquer ce qui se passe ?

“- Comment mon prince ? Vous n’êtes pas encore au courant ? Les poissons volants. Une troupe de poissons volants a réussi à passer par dessus les remparts l’autre nuit. Ils disent que c’était pour se protéger de la tempête. Cela fait si longtemps que l’on n’a pas vu quelqu’un de l’extérieur...pouvez vous imaginer ?

“- Et où peut on les voir ces poissons volants ?

“- Sur la grande place. C’est là qu’ils se sont établis.”

Aussitôt, le prince voulu voir lui aussi ces étrangers venu de l’autre côté du mur. Ainsi sa mère ne lui avait pas menti. Il y avait bien de l’eau de l’autre côté des murailles et des poissons différents de ceux qui vivaient et nageaient dans cette baie. Et aussi extraordinaire que ça puisse paraître, certains savaient même voler. Et cela signifiait beaucoup pour le prince. Cela voulait dire qu’ils pouvaient passer de ce monde à celui extérieur. Celui où se trouvait celle qu’il voyait depuis plusieurs mois et qui vivait là bas.

En arrivant sur la grande place, tout le monde était déjà là. Les crevettes et les bigorneaux, les soles et les sardines, les anchois et les homards, il n’en manquait pas un à l’appel. Et au milieu de cette foire improvisée, une dizaine de poissons volants se pavanait. En tant que prince de la baie, une place de choix lui fut rapidement attribuée. Mais tout le monde les bombardait de questions et eux jouaient le jeux, répondant avec un grand sourire, trop content que l’on s’intéresse ainsi à leur modeste personne.

Une fois l’euphorie retombée, le roi de la baie invita ces inattendues convives à se joindre à sa table. C’est là que le prince assis à côté de l’un d’eux, put enfin assouvir sa curiosité :

mardi 28 octobre 2008

Conte : La baie des cormorans (2)

Puis l’enfant vint à naître et se fut un grand jour pour tout le royaume. C’était un poisson et le roi fut ravi. Il avait maintenant un héritier. Il savait que quelqu’un lui succéderait quoi qu’il arrive. Les remparts eux, restèrent. Certes ils avaient étaient colonisés par des algues, moules et autres huîtres qui en avaient fait leurs domaines. Quelques berniques et même des bernard-l’hermite y avaient élus domiciles. Mais l’accès à la mer profonde et infinie, restait irrémédiablement fermé. Le petit prince grandit avec cette barrière. Comme il n’avait connu que ça, il ne s’inquiéta jamais de savoir ce que l’on trouvait derrière. Le mur était là. C’était comme ça. Il savait bien que de l’autre côté, s’étendait un autre monde. Mais comme il pouvait y avoir accès, il ne s’inquiétait pas outre mesure. Chapeauté par son père, il découvrit le royaume de la baie des cormorans et la meilleure façon de l’administré. Mais guidé par sa mère, il s’ouvrit d’un autre côté aussi à une vie différente que celle du petit enclos de la baie.

“- Dehors, de l’autre côté du mur, il y a un monde vaste et étendu, lui disait elle parfois lorsque la nuit était tombée et qu’ils se retrouvaient seules. Un monde si grand, que tu ne pourras jamais le parcourir en entier. Il y a des poissons différents dans chaque région, chaque baie à sa particularité et le long des côtes il y a des centaines de royaumes comme le nôtre. J’ai vu des bancs gigantesque composé de milliards de sardines et puis des requins un peu marteaux parfois.”

Mais le petit prince ne semblait pas impressionné par cette immensité que lui décrivait sans cesse sa mère. Certes cela devait être différent d’ici mais après tout, c’était encore la mer. Et puis comment savoir si effectivement de l’autre côté du mur, il y a avait réellement quelque chose ? Alors que dans l’autre sens, lorsque l’on tournait sa tête vers l’endroit d’où venait le jour, il semblait y avoir tant de choses à découvrir. Tant de choses magnifiques et mystérieuses :

“- Et de l’autre côté maman...je veux dire, derrière la surface de l’eau, au delà, là où le fond rejoint la surface, qu’y a t il par là ?

“- Par là mon enfant, on trouve un monde dans lequel nous peuple de la mer, ne pouvons pas vivre. Mais on dit qu’il y a des êtres superbes capables de nous attirer avec la simple beauté de leurs chants. On dit que la plus part des êtres de ce côté ne peuvent pas quitter le sol et que ceux qui le peuvent, sont recouverts d’étranges choses nommées “plumes”...On dit aussi que la lumière est si forte qu’elle nous brûle sur place si nous tentons de nous rendre là-bas...On dit tant de choses.”

Malgré les descriptions peu engageante de sa mère, plus le prince grandissait, plus il se sentait attiré par cet étrange monde d’au delà de la surface.  Plus que vers l’infini des océans.

Or un jour qu’il nageait le long des rochers, laissant à peine sa nageoire dorsale dépasser hors de l’eau, il entendit venir vers lui un son qu’il n’avait jamais perçu auparavant. Il s’immobilisa et commença à chercher du regard d’où pouvait bien provenir cette étrange mélodie. Au bout de quelques instants, se découpant dans la lumière, il finit par apercevoir une de ces personnes dont lui avait parlé sa mère. Elle se tenait toute droite mais se déplaçait avec autant de légèreté et de grâce qu’une anguille. Sa tête était entourée d’un paquet d’algues souples qui bougeaient en même temps qu’elle dans un mouvement limpide. A sa vue, le cœur prince se serra tant il la trouva belle. Il n’y avait rien d’explicable ou de rationnel. Ce sentiment avait surgit en lui et rein ne semblait pouvoir le contrôler. Caché au milieu des rochers, le prince l’observa tout le temps que celle-ci resta sur le bord de l’eau à jouer avec les vagues.

Ce petit manége dura quelques temps. Très vite, la fille de l’autre côté de la surface se rendit compte de la présence du prince. Intriguée d’abord, elle avait été un peu effrayée. Puis elle c’était habituée et au bout de quelques jours, le cherchait même du regard dés qu’elle commençait à sauter d’un rocher à l’autre.

Vint le printemps et ses premières journées chaudes. La fille enleva ses chaussures, retroussa son pantalon et risqua un orteil dans l’eau glacée de la baie. Pour se rafraîchir. Du côté du prince, la vision se fit plus net. 

lundi 27 octobre 2008

Conte : La baie des cormorans (1)

L'histoire de la petite Léonide n'est pas des plus banal. Elle était née d'un père fabriquant d'imperméables et d'une mère qui aimait la mer et habitait avec eux dans une petite maison qui donnait sur la baie des cormorans. Cette histoire commence un jour qu’elle se promenait seule, sautant d’un rocher à l’autre, esquivant la langue traîtresse des vagues, fouillant dans les trous d’eau. Scrutant l’horizon, elle devina au loin une forme assise.

Elle se dirigea vers elle, continuant de sa danse légère à jouer avec les flots, intriguée par la présence de quelqu’un dans les parages. Il faut dire qu’il n’y avait pas grand monde habituellement par ici. Parfois Eugène, le gros pêcheur, venez jeter ses lignes et traîner sa barbe broussailleuse sur le bord des falaises mais c’était généralement plus tard dans la journée, après le déjeuner.

Il y a avait aussi de temps à autre Louis et sa maman triste. Mais Léonide savait par avance qu’ils allaient venir, car ils ne manquaient pas d’appeler pour savoir si il faisait beau, si la mer était calme ou bien si il n’y avait pas trop de vent.

On pouvait aussi croiser par hasard des promeneurs égarés ou bien des familles excitées mais des gens assis face à la mer, immobiles comme des pierres ça, Léonide n’en avait jamais vu. Mais plus elle s’approchait, plus elle sentait son pas s’accélérer et son coeur dans sa poitrine, battre plus fort. Enfin lorsqu’elle en fut certaine elle se mit à courir à en perdre haleine:

“- Mamiiiiie !!! Mamie tu es venue et tu n’as même pas prévenue.

“- Et non ma chérie. Aujourd’hui je n’ai rien dit. C’était pour te faire la surprise.

“- Qu’est ce qu tu fais assises ici toute seule sur la plage ?

“- Je te regardais mon enfant...Et en te voyant, je repensais à une vieille légende qui entoure cette baie.

“- Ah oui laquelle ? » Sa grand-mère la prit par la main, lui sourit et tout en se dirigeant vers un renfoncement protégé du vent, elle lui dit :

“- Assied toi là. Voilà. Viens contre moi. Regarde, d’ici on peut voir toute la baie. Ecoute moi maintenant. Il y a des années et des années, moi-même je n’étais pas encore née, vivait ici sous les eaux de cette anse, un roi terrible. Tu vois ces rochers au loin, ceux qui dépassent et qui font que la mer moutonne lorsqu’elle monte où qu’elle descend et bien on dit que se sont les restes des hauts remparts de son château. Il les avait fait construire pour empêcher quiconque de pénétrer ici et rester le seul maître des lieux. Mais beaucoup disait qu’en fait, au delà de vouloir garder son royaume, c’était sa femme qu’il voulait enfermer à tout jamais. En effet, le roi avait parait-il réussi à séduire une magnifique sirène. Comme à l’époque, tous les gros poissons de la côte en étaient amoureux, il y avait eu une lutte sans merci afin de savoir lequel aurait le privilège de passer sa vie avec elle. Et c’est ce roi, celui de la petite baie des cormorans qui l’avait emporté. Il faut dire qu’à ce moment là, il était beau et séduisant et que même si son domaine était parmi les plus petit, il n’en était pas pour autant mal garni. Et puis il avait su se montrer tendre; attentionné, plein de promesses...enfin bref, il avait su faire ce qu’il fallait pour que la sirène le remarque et ne puisse pas lui résister.

Or une fois qu’ils eurent commencé à se fréquenter, les choses allèrent très vite. Ils se marièrent et la sirène quitta son rocher pour devenir la reine de la baie des cormorans. Au début, tout se passa pour le mieux et le roi et la reine vivaient heureux. Mais peu à peu, l’ambiance se dégrada entre eux. Le roi s’avéra être un mari jaloux refusant par exemple que la reine ne se rende seule dans sa famille. Il prétextait que la côte était dangereuse, qu’elle pouvait se faire attaquer, que tous les gens qui l’entouraient ne lui voulaient pas que du bien. Il disait aussi que pour l’image du royaume, il était très mauvais qu’une reine se promène ainsi sans son mari, d’autant plus qu’à l’extérieur, tout était si dangereux alors qu’ici au moins elle ne risquait rien.

Mais la reine était têtue et à plusieurs reprises, elle sortit et partit nager vers le large, voir famille et amis comme si de rien était. Le temps passa. Malgré les crises de jalousie du roi, la reine ne continua de n’en faire qu’à sa tête. Mais un événement vint changer radicalement la donne lorsque la reine tomba enceinte. Le couple royale allait avoir un enfant. A compter de ce moment là, la jalousie du roi redoubla. Prétextant sans cesse que “non vraiment, il n’était plus possible qu’elle mette une nageoire dehors maintenant qu’elle portait dans son ventre un possible héritier pour le royaume.” Le roi devint de plus en plus intransigeant.

“- Votre royaume, votre royaume, vous ne pensez qu’à ça, lui dit un soir la reine. Mais moi je veux faire autre chose. Je ne me suis pas marié avec vous pour vous regarder gérer votre domaine. Et je ne suis pas l’un de vos sujet”

Peu de temps après, des bruits commencèrent à courir. On disait qu’ils ne s’aimaient plus, que le roi était violent. Ce dernier, devint très susceptible et sans raisons apparentes, s’en prit à ses voisins, les accusant de vouloir l’envahir, de vouloir lui prendre son royaume, sa femme...

Et c’est ainsi qu’une nuit, alors que a reine était couchée et que la mer était haute, le roi, décida de faire construire des remparts pour interdire et contrôler toutes les allées et venues dans sa baie. Une fois l’accès au large totalement clos, comme les poissons ne se tournent jamais vers la terre, le roi poisson se savait tranquille. Désormais il était le seul maître chez lui et plus rien jamais, ne viendrait s’opposer à sa vision des choses.

Lorsqu’au petit matin la reine murène vit la muraille haute et puissante se dressait devant elle, elle s’empressa de nager jusqu’au roi et de lui demander :

“- Qu’est ceci mon ami ? Vous ne m’en aviez jamais rien dit.

“- Une protection madame. Contre nos dangereux voisins qui me jalousent et m’envient mon si beau royaume.

“- Une protection ? Mais une protection dont on ne peut s’échapper, ne se nommerait elle pas plutôt prison ?

“- Allons ma reine, vous avez tout ce qu’il vous faut ici. De l’eau pour nager, des crevettes pour manger, des crabes pour vous servir, des anguilles pour vous divertir...que désirez vous de plus ?

“- Ma liberté. Voilà ce que je désirerai plus que tout au monde.

“- Vous l’avez d’ors et déjà à travers tous le royaume qui est bien assez grand pour une reine quand bien même se soit une sirène. Et je vous assure que dés que les relations diplomatiques seront meilleurs à l’extérieur, je rouvrirai de nouveau l’accès à la baie et vous pourrez de nouveau aller et venir à votre guise.” La reine s’enfuit. Prisonnière ! Elle était maintenant prisonnière et ne pouvait rien y faire. Dans son ventre cependant, la vie continuait de grandir. Les marées se succédaient les unes aux autres, berçant de leurs mouvements réguliers, son quotidien désormais bien terne.

lundi 18 février 2008

Conte

Hélios et Luna (3)
Or parmi les dieux, il en était un qui n’était pas du tout d’accord avec cette situation. Certes Hélios et Luna avaient enfreins la règle, mais après tout, était il possible que celle-ci resta inviolée jusqu’à la fin des temps ? Ils avaient engendré un nouvel être et alors ? Dans leur monde à eux, les dieux avaient ils eu à en subir un quelconque inconvénient ? Absolument pas. Rien n’avait changé dans leur royaume. Rien n’avait changé si ce n’est que maintenant deux d’entre eux étaient profondément malheureux et que si cela continuait ainsi la petite Tierra elle-même allait en subir les conséquences. Et ça, Horiatus avait de plus en plus de mal à l’accepter.
Discrètement, de temps en temps, il allait jusqu’à la frontière, là où débutait l’immensité noir, et il les regardait tourner au loin. Il ne pouvait pas se lasser de les regarder ainsi tourner dans le vide, au milieu de cette immensité sombre. La situation dura ainsi jusqu’à ce qu’un jour, Horiatus lui-même convoqua un nouveau conseil des dieux. Un peu pris par surprise, la plupart mirent un peu de temps à arriver. Enfin, lorsque tous furent réunis, au milieu du brouhaha des questions pour savoir qui avait bien pu réunir ainsi le conseil, Horiatus prit la parole. :
« - Mes amis, si je vous ais demandé de venir ici aujourd’hui c’est parce que l’heure est grave. Deux d’entre nous, sont envahis par le malheur et ce par notre faute… »
Le brouhaha reprit de plus bel « Ah bon ?!Deux ? Mais qui ? Mais comment ?! Mais c’est impensable !! Où ?? »
« - En effet, Hélios et Luna se meurent de ne plus pouvoir se voir. »
Le brouhaha se transforma en tempête. La plus part criaient « Nous avons déjà réglé le problème ! Ils payent leur impudence ! Qu’ils restent là où ils sont ! Dehors les problèmes ! »
Certains commençaient même déjà à se lever pour partir, la plus part discutant bruyamment entre eux, riant de l’audace d’Horiatus de revenir ainsi sur une affaire traité depuis longtemps. Mais loin de se laisser impressionner, Horiatus reprit d’une voix forte :
« - Certes ils ont enfreins la loi. Mais je vous demande de réfléchir une seconde. Depuis qu’ils sont là-bas, qu’ils ont été jetés dans l’immensité noire, qu’est ce qui a changé pour vous ? Rien. Vous habitez toujours tous vos charmants petits coin de paradis, bercés par la chaleur et par le bruit de l’eau qui courre…Mais pour eux ? Pourquoi continuez à leur infliger cette sentence ? »
Se leva alors un des dieux les plus respectés. Il se nommait Fauléïcéne et possédait une carrure qui imposait d’elle même le silence. Il prit la parole et aussitôt, chacun fut extrêmement attentif :
« - Et alors ? Que veux tu que nous fassions Horiatus ? Tu sais très bien que nous ne pouvons pas les réintégrer parmi nous, c’est impossible. Le fait d’avoir engendré une nouvelle vie romprait l’équilibre de notre monde. Ils se sont mis eux même dans cette situation. Nous ne voulons pas leur malheur mais est ce pour autant que nous devons provoquer le notre à tous ? »
Le brouhaha reprit : « Oui c’est vrai ça ! Hein ! Que faire ?! Détruire notre monde pour leur bonheur hein ? »
Horiatus réclama le silence et reprit :
« - Non non évidement que je ne demande pas ça. Mais je suis sûr que si nous autorisions Hélios et Luna à se voir les choses iraient mieux pour eux… »
De nouveau la tempête de protestation se leva. « N’importe quoi ! Sûrement pas. Qui sait ce qu’ils vont encore engendrer cette fois ? Se serait une catastrophe ! »
Horiatus regardait tous ces visages et soudain, un profond désespoir l’envahit. Pas un ne semblait vouloir le soutenir. Pas un ne se souciait du malheur de deux des leurs, tous qu’ils étaient, engoncés dans leur petit confort. Il se sentit alors profondément triste ; triste par tout cet égoïsme qu’on lui jetait à la figure. Mais en revoyant Hélios Tierra et Luna flotter seuls dans le noir, une rage soudaine et incontrôlable monta en lui.
« - Vous ne pensez qu’à vous ! Se mit il à hurler. Vous ne pensez qu’à vous et puisque c’est ainsi, je me retire sur l’île de Kaïmnos et je demande à ce que personne, jamais, ne vienne me voir. » Le silence tomba comme un couperet sur l’assemblée. Comment ? Un dieu, un des leur, choisissez délibérément de vivre seul et de se retirer de leur monde si parfait. Car l’île de Kaïmnos n’était pas une sinécure loin de là. C’était le seul endroit dans le monde des dieux où régnait en permanence, des vents violents et où les courants de la mer étaient si puissants, qu’ils rendaient son approche extrêmement difficile. Et voilà qu’Horiatus choisissez d’aller y vivre, seul. Joignant le geste à la parole, ce dernier commença donc à s’éloigner sans se retourner.
Fauléïcéne se leva alors de nouveau et l’interpella :
« - Attend ! Ne pars pas comme ça. Je sais que tu es capable de partir pour cette île terrible et que tu es capable d’y rester enfermé à jamais sans faiblir. Mais je sais aussi que tu y seras malheureux. Et que ton malheur provoquera la révolte de ceux qui t’apprécient. Alors ce conseil se réunira et se déchirera une fois de plus. Reste Horiatus, s’il te plait. » Puis il se tourna vers le reste de l’assemblée et continua :
« - Car il est peut être là le déséquilibre que nous redoutions tant. Nous refusons de voir qu’il est possible qu’une autre solution de bonheur soit possible. Que perdrions nous à autoriser Hélios et Luna à se voir. Après tout, l’immensité noire n’est qu’une bordure de notre monde. Et en y réfléchissant bien, j’ai peut être une idée qui pourrait nous convenir à tous. »
Le conseil débattit longtemps une fois que Fauléïcenne eut exposé son idée. Il y eut des pours, il y eut des contres mais étrangement, le climat c’était apaisé. La proposition qu’il avait faite était certes radicale, mais revêtait l’énorme avantage d’offrir à tous, la possibilité de continuer à évoluer et à vivre selon ses propres désirs.
Une fois que la proposition fut adoptée, se fut Horiatus qui fut chargé de partir afin de porter la nouvelle à Hélios Luna et la petite Tierra.
Lorsqu’il arriva auprès d’eux, Hélios avait les traits creusés et brillait d’une pâle lumière blafarde. Luna elle, était presque devenue transparente. Quand à Tierra, la petite Tierra qui était à l’origine de toute cette histoire, elle était recouverte quasiment en permanence d’une étrange halo de brume blanchâtre. Et au lieu du petit être vivant et dynamique qu’avait connu Horiatus, c’était une petite sphère cotonneuse qui se trouvait maintenant entre ses deux parents.
Il les prit chacun son tour dans ses bras et leur dit d’une voix chaleureuse que les chose allaient enfin changer pour eux. Le conseil allait rompre le charme qui les empêcher de se voir. Certes ils ne pourraient pas se toucher mais désormais, toutes les nuits, Hélios aurait la possibilité de venir voir sa fille et sa femme et se de la façon dont il le désirait. Et idem pour Luna. Elle pourrait de temps à autre, venir voir Hélios et la petite Luna en plein jour. De même, promesse leur était faite que plus personne n’interviendrait dans leur destiné.
Puis il les serra une dernière fois dans ses bras et retourna d’où il venait. Eux continuaient de flotter, le coeur gonflé de ces nouvelles. C’était le moment où Luna devait prendre le relais de la garde de la petite. Son coeur battait à tout rompre car elle allait enfin revoir Hélios. Elle se fit belle et même pour la première fois depuis qu’ils avaient été banni dans l’immensité noire, elle se gonfla en entier. Elle ferma les yeux un instant. Tierra semblait revivre à son contact. La brume se déchirait. Elle reprenait de ses couleurs. Et puis…mais oui, elle ne rêvait pas, on aurait dit qu’elle scintillait même parfois. Elle la regarda plus en détail. Par intermittence, de petits flash incandescents apparaissaient tout autour d’elle. Elle regarda alors tout autour d’elle et n’en crut pas ses yeux. L’immensité noire, cette immensité si angoissante qui l’entourait jusqu’à maintenant, semblait soudain percée de minuscules points brillants. C’était, comme si des milliards et des milliards de petits morceaux d’Hélios éclairait soudain leur nuit d’habitude si froide :
« - Hélios ? Demanda-t-elle d’une voix timide. C’est bien toi. » Une voix lointaine lui répondit.
« - Oui Luna, c’est moi. Et il en sera ainsi chaque fois que se sera ton tour de garder un oeil sur Tierra. Chaque petit point lumineux est une partie de moi et je me reconstituerais chaque matin pour pouvoir veiller sur elle tout le jour durant. Nous ne seront plus jamais séparé mon amour.
« - Et les scintillements que j’ai vu tout autour d’elle tout à l’heure ? Est-ce que j’ai rêvé ou bien était-ce toi aussi ?
« - C’était moi qui lui ait envoyé quelques étoiles filantes pour la distraire un peu. »
Désormais, nuits et jours s’enchaînèrent autour de Tierra avec une énergie nouvelle sans jamais discontinuer. Dans le ciel, Hélios et Luna veillaient sur leur fille avec une bienveillance qui ne faiblissait jamais. Se frôlant sans jamais se toucher, entourés par l’espace infini, il arrivait pourtant quelque fois, alors que la petite dormait du plus profond de son sommeil, que Luna s’échappa, ne laissant plus que les étoiles veiller sur elle. Et personne encore à ce jour, ne sait dire où se rend la lune, l’or de ces nuits d’absence.

vendredi 15 février 2008

Conte

Hélios et Luna (2)
Il y eut d’abord ceux qui tombèrent sous le charme, comme hypnotisés par le petit être. Sa fragilité, ses sourires francs, ses mimiques sincères et son regard claire, eurent tôt fait de les conquérir. Ils y voyaient là non seulement un enfant-dieu, mais aussi et surtout, un dieu en devenir. Et quelque au fond d’eux, changeait à cette évocation. Ce petit dieu allait grandir, se développer et très certainement amener avec lui quelque chose de nouveau. La vie et son arrivée, allait irrémédiablement changer les choses.
Mais il y avait aussi un autre camp. Un camps beaucoup, beaucoup plus nombreux celui là. Un camp qui n’entendait pas du tout de cette oreille, la façon dont était en train de se dérouler les choses. Pour eux, la règle, la seule et unique règle qui prévalait dans le monde des dieux, le seul interdit qui leur était imposé, avait été transgressé. Et pour cette raison unique il était inutile de chercher à savoir quoi que ce soit de plus. Ils hurlèrent au crime et firent immédiatement appelle au conseil des dieux pour juger cette inadmissible affaire qui risquait à coup sûr, de remettre en cause tout l’équilibre de leur monde si parfait. Et ce fut eux qui finirent par avoir gain de cause.
Se tint donc le conseil des dieux, rigide et solennel. Hélios et Luna se présentèrent, main dans la main à l’entrée du bâtiment, la petite Tierra blottie dans les bras de son père. Luna, d’une blancheur de lait, ne voulait pas qu’on les sépare. Elle était prête à tout pour qu’ils restent ensemble. Hélios, le regard dure et le souffle court, tentait de garder son calme. Son tempérament de feu avait tendance à lui faire monter à la tête des accès de violence. Mais il savait qu’aujourd’hui, face au conseil, ce genre de comportement serait suicidaire. Il fallait qu’il se contrôle. Pourtant il avait tellement envi de hurler. De hurler à la face de tous ces dieux qui se disaient si sages, qu’ils n’avaient rien fait de mal. Qu’au contraire si aujourd’hui Tierra était là, c’était bien la preuve que leur amour avec Luna était réel et qu’ils ne pouvaient pas être sanctionnés pour ça ; c’était impossible. Ils ne parlèrent pas beaucoup en attendant que le conseil ne débute. Hélios fit tout pour se montrer rassurant et Luna fit tout pour se montrer confiante. Mais l’un et l’autre sentaient bien qu’au fond d’eux, une peur sourde commençait à poindre. Ils attendirent. Enfin, le messager des dieux vint les chercher. La décision du conseil, allait leur être rendu et ils devraient s’y conformer.
Et voilà ce qui fut décidé. Comme ils avaient engendré un être nouveau alors que c’était strictement interdit, ils seraient tous les trois bannis du monde des dieux. Pour cela, on allait les jeter à tout jamais dans l’immensité noire. Cette immensité était un endroit situé aux confins du monde des dieux. Il y avait un trou qui permettait de l’atteindre et là, il n’y avait plus rien. Jamais personne n’avait été condamné de la sorte, mais ni Hélios ni Luna ne laissèrent échapper la moindre émotion face aux autres. Ils attendaient de savoir si oui ou non, ils pouvaient rester ensemble car c’était à leurs yeux ce qui comptait le plus. Cette dernière faveur leur fut accordée à une seule condition ; qu’Hélios et Luna ne se revoient plus jamais. Une fois plongé dans l’immensité noire, il fut décidé qu’ils devraient tourner autour de la petite Tierra de façon à la protéger et à s’occuper d’elle, mais qu’ils ne devraient jamais se revoir et garder toujours entre eux leur enfant. Tel était le prix à payer pour leur faute.
Ils furent donc conduits tous les trois au bord du trou. Une fois là, Hélios embrassa Luna puis il prit sa femme et sa fille dans les bras et tout en les serrant contre lui, sauta dans le vide. Ils ne tombèrent pas à proprement parler. Mais disons qu’ils se mirent à flotter dans le vide, entouré par le noir. Lorsque Hélios rouvrit les yeux, il put voir devant lui Tierra. Elle avait le visage tourné dans sa direction et lui souriait. Et il devina que quelque part derrière, Luna attendait. Son coeur se serra, mais en voyant le sourire radieux de sa fille, il se reprit.
Au début, ils se mirent donc en devoir d’appliquer ce qui avait été décidé par le conseil. Que pouvaient-ils faire d’autre de toute façon ? Pendant la moitié de la journée, Hélios s’occupait de Tierra. Il la réchauffait de son ardeur rayonnante, la faisant tourner dans l’espace pour pouvoir l’admirer et la voir sous tous les angles. Et il la trouvait belle. Terriblement belle. Cette petite bulle rayonnante sur ce fond noir immense, lui rappelait la couleur des yeux de sa mère. Sa mère… Hélios ne cessait d’y penser. Certes il pouvait voir Tierra, s’occuper d’elle, la voir grandir, la faire rire. Mais Luna ? Que devenait elle ? Elle si belle avec sa peau laiteuse et tendre. Elle si forte qui avait accepté la sentence sans verser une larme. Parfois il pensait si fort à elle qu’il ne contrôlait plus son ardeur et que la petite Tierra se mettait à pleurer sous l’effet de la chaleur propagée par son père. Immédiatement Hélios revenait à la réalité, relançant la course fluide et rassurante de la petite, mais un goût amer lui restait dans la bouche.
Luna. Dire qu’ils ne pouvaient même plus se croiser. Tout juste se devinaient ils. Car lorsque la petite commençait à fatiguer, lorsque les prémices du sommeil se faisait sentir, Hélios se retirait pour laisser la place à sa femme qui veillait sur le sommeil de leur fille. Luna elle aussi était fière d’elle. Elle lui chantait des berceuses pour l’endormir, elle lui soufflait des rêves et tenait éloigné les cauchemars. Mais Hélios ? Que pouvait devenir Hélios ? L’or de ses longues nuit de veille, il lui arrivait parfois de tellement penser à lui, qu’elle en oubliait presque Tierra. Un jour, elle la rattrapa alors qu’elle n’était déjà plus qu’un tout petit point minuscule perdu dans l’immensité du noir.
Le temps passa ainsi. La petite grandit, se fortifia, mais ses deux parents même si ils faisaient de leur mieux pour s’occuper d’elle, avaient de plus en plus de mal à cacher leur tristesse. Ils restaient absents pendant de longues journées, cachés derrière un rideau de nuages épais pour ne pas que Tierra voit leur chagrin.

lundi 11 février 2008

Conte

Hélios et Luna (1)

Bien avant que la vie comme nous la connaissons n’apparaisse dans l’univers, bien avant même que celle-ci ne soit un projet ou bien même une ébauche d’idée, vivaient les dieux. Ils habitaient dans un monde dans lequel il faisait toujours bon, la végétation était luxuriante et où la nature subvenait à tous leurs besoins. Ils coulaient là une existence tranquille, bercée par la lenteur de cette perfection permanente. Rien n’était particulièrement interdit et les règles n’étaient pas écrites mais pensées. Il n’y avait qu’une seule règle qui ne devait en aucun cas être transgressée. Une seule. Aucun dieux ne devait engendrer avec une déesse un autre être vivant, quel qu’il soit. L’équilibre qui avait été créé était si parfait que la venue d’un nouvel être, risquait de troubler à tout jamais cette quiétude perpétuelle et c’est pour cette raison que cette simple et unique règle avait été édictée. C’est au beau milieu de ce paradis, que débute notre histoire.


Sur une île perdue en plein milieu de la mer, vivait une petite communauté de dieux. Loin de tout, ils se plaisaient à passer leurs journées à pêcher, danser, sauter dans l’eau et discuter jusque tard dans la nuit. Ici, tout était luxe, calme et volupté. Or parmi tous ces dieux, vivaient Hélios et Luna. Ils se connaissaient depuis toujours et entretenaient des relations très proches. Avec le temps, tout le monde c’était habitué à les voir ensemble et personne n’était choqué de les apercevoir parfois, se tenant la main, ou se serrant dans les bras. Et puis d’abord, d’autres dieux le faisaient déjà entre eux et d’autre part, si ils étaient heureux ainsi, que pouvait on bien leur opposer ?
De toute façon, eux ne se posaient absolument aucunes questions à ce sujet. Pour eux se retrouver ainsi tous les deux était une évidence. Et l’un comme l’autre avait l’impression profonde et permanente que le meilleur était toujours à venir.
Le temps passa ainsi. Enlacés l’un à l’autre, Hélios et Luna développèrent et approfondirent leur attachement sous le soleil de cette île isolée. Un jour qu’ils étaient tous les deux assis sur un rocher entrain de regarder la mer, Hélios demanda à Luna :
« - Dis moi, est ce que si tu pouvais changer quelque chose à notre vie, enfin disons, si on te donnait le pouvoir de changer quelque chose est ce que tu le ferais ou bien est ce que tu garderais tout à l’identique ? » La déesse, tourna la tête vers Hélios, plongea son regard dans le sien et lui répondit :
« - Qu’entends tu par là ? Nous avons tout ici. Pourquoi voudrais tu que « je » change quelque chose ? » Elle avait insisté sur le mot « je », avait marqué une petite pause puis avait reprit toujours en regardant le dieu fixement : « - Et puis, il faudrait que nous soyons plusieurs à vouloir changer quelque chose. Si il n’y a que moi pour décider, ce n’est pas drôle.
« - Allons. Tu vois bien ce que je veux dire. On a tous envi de changer quelque chose à moment ou à un autre ?
« - Ah bon ? Tu aurais envi de changer quelque chose à ce paradis toi ? » Dit elle en étendant ses bras pour embrasser les alentours.
« - Non. Pas nécessairement ce paradis là. Mais peut être bien celui que nous avons à l’intérieur et qui fait que nous nous aimons tant. » Mais, ayant soudain le sentiment d’en avoir trop dit face au silence de sa compagne, il partit à rire et se jeta à l’eau dans une bruyante éclaboussure. Du haut du rocher, Luna se leva lentement, s’étira les yeux fermés face au soleil et d’un plongeon tout en grâce, rejoignit Hélios. De sa nage souple et ondulante, elle se rapprocha de lui, le serra dans ses bras et lui murmura à l’oreille :
« - Moi aussi je serais prête à ce que les choses changent si nous le voulons tous les deux. »
Ce soir là, ils ne rentrèrent pas comme d’habitude rejoindre les autres autour du grand feu qui animait tous les soirs le centre de leur petite communauté. Ils préférèrent monter main dans la main, jusqu’au sommet de la plus haute colline de l’île. Et dans cette nuit de paradis, ils transposèrent alors leurs envies dans la réalité créant tout doucement, dans le berceau de la nuit, du nouveau.

Durant les semaines qui suivirent, les deux amants s’éloignèrent petit à petit de la vie des autres pour passer encore plus de temps qu’auparavant ensemble. Les jours s’enchaînaient les uns aux autres, comme à la normale. Mais lorsqu’ils croisaient un autre dieu, ils le saluaient gentiment, discutaient avec lui, riaient…puis reprenaient leur route, tous les deux. Ils ne savaient pas pourquoi, mais depuis cette fameuse nuit passée en haut de la colline, ils sentaient que quelque chose de profond avait changé.
Ce n’est qu’au bout de quelques temps, qu’ils s’aperçurent à quel point ce fameux changement était important. Le ventre de Luna c’était mis à s’arrondir. Discrètement d’abord, puis plus franchement ensuite. Mais sans douleur, tout en rondeur. Très vite ils durent se rendre à l’évidence. Quelque chose était entrain de se passer dans ce ventre là. Puis se furent les autres dieux qui se mirent à poser des questions. Et très vite, le bruit se répandit dans l’île qu’un changement était arrivé. Il faut dire que des changements justement, il y en avait tellement peu d’une manière générale, que dés qu’il en survenait un, la nouvelle se répandait comme une traînée de poudre.
Ce qui commença à inquiéter le couple, c’est lorsque commencèrent à venir les voir, des dieux d’autres îles. Ils avaient le sentiment d’être devenu soudain l’objet d’une attention un peu trop accrue et cela les mettait particulièrement mal à l’aise. Car après tout, ils n’avaient rien fait de mal.
Le temps passa. Les visites s’espacèrent. Hélios et Luna se mélangèrent de moins en moins aux autres. Ils voulaient être tranquilles, laisser dire et ne plus écouter ce que racontaient les mauvaises langues. Ils voulaient être seuls. D’autant que dans le ventre de Luna, de nouveaux événements se dessinaient. Comme si quelque chose bougeait en elle. Comme si une vie était en train de grandir et de faire sa place. Plus ça aller et plus elle grossissait. Moins elle pouvait bouger. L’un et l’autre se demandait combien de temps cette situation allait durer. Mais à aucun moment ils ne paniquèrent ou se sentirent inquiets. Au contraire. Une grande sérénité les envahissait un peu plus chaque jour.
Et puis une nuit, alors qu’ils dormaient tous les deux l’un contre l’autre, Luna réveilla Hélios. Quelque chose se passait en elle. Quelque chose de fort, d’intense, d’incontournable. Ils passèrent ainsi la nuit à regarder, à toucher, à tenter de comprendre. Dans son ventre cela bougeait, bougeait et bougeait encore. Tant et si bien que lorsque vint l’aube, du ventre rond de Luna, sortit une toute petite déesse. Et immédiatement ses deux parents furent émerveillés par sa beauté. Ils restèrent là à la regarder, se demandant bien comment il pouvait être interdit dans ce monde, d’engendrer de telles merveilles, tant celle qu’ils avaient sous les yeux était magnifique. Comme ils n’avaient jamais rien vue d’aussi beau et d’aussi fragile, ils la nommèrent Tierra, du nom de la plus belle île du monde des dieux.
Cependant, ils avaient beau être subjugué par sa beauté, ils savaient très bien que la rigidité de la règle qui interdisait de créer un nouvel être vivant, ne leur serait pas épargnée. Comme elle n’avait jamais été enfreinte, ils ne savaient à quoi ils étaient exposés. Préférant éviter le pire, ils se firent tout d’abord très discrets et cherchèrent même un moyen de fuir. Mais si le monde des dieux était vaste, il n’était pas infini et cette fuite finirait toujours pas avoir ses limites. Ils décidèrent plutôt de ne rien dire à personne et tentèrent de tenir cachée Tierra le plus longtemps possible. Ce fut peine perdue. Rapidement, les autres dieux s’étonnèrent de ne plus les voir du tout et cherchèrent donc à savoir. Et lorsque la vérité fut mise au grand jour, les réactions ne se firent pas attendre.

jeudi 11 octobre 2007

Conte

Le fantôme de mon placard.



J’ai eu un fantôme dans mon placard et je peux vous dire que ça fait bizarre. Tout a commencé un soir, alors qu’il faisait nuit noire et que mon papa venait juste de finir de me raconter une histoire. J’étais entrain de me dire que ce château lugubre avec ces sombres couloirs devait être un chouette terrain d’aventure et qu’un jour moi aussi, j’irai voir ce qui ce cachait vraiment derrière tout ça. Je me voyais déjà en armure étincelante, coupant les têtes de milles monstres sanguinaires, terrassant les horribles sorcières et leurs affreuses créatures sorties tout droit des enfers. J’étais le chevalier Godefroy le Terrible qui marchait dans le noir, une torche à la main et une épée dans l’autre et tout le monde à mon approche tremblait de peur. J’en étais là de mon aventure lorsque soudain, derrière la porte de mon armoire, j’ai entendu gratter. J’arrêtai de m’agiter et j’écoutais un peu plus attentivement. Un autre grincement se fit entendre. Puis un autre. Au bout d’un moment, j’avais même l’impression que quelqu’un était entrain de parler dans cette armoire. Que ça grince derrière cette porte encore je veux bien. Mon idiot de chat Napoléon arrive à se faire enfermer dedans et comme sa principale activité c’est de dormir, des fois quand il se réveille il se retrouve prisonnier. Alors il se met à miauler, à sauter partout et à fiche un bazar pas possible pour qu’on lui ouvre. Mais par contre, même quand il est resté longtemps enfermé, je n’ai jamais entendu Napoléon se mettre à parler. Je me suis donc levé prudemment et tout doucement, je me suis approché de cette porte. L’oreille tendue, le cœur battant et une grosse boule dans le ventre j’ai approché ma main de la poignée. Derrière, le bruit continuait toujours. D’un coup sec j’ai ouvert et là, devant moi, se tenait un fantôme qui a eu l’air aussi surpris que je l’étais. Il m’a regardé avec des grands yeux ouverts et très poliment il m’a demandé :
« - Euh…Vous ne seriez pas par hasard Lord Singuelton ?
« - Ben…non, je lui ai répondu en tenant toujours la poignée de la porte dans la main. Moi je m’appelle Benjamin. Et vous ?
« - Ah ! A fait le fantôme en s’asseyant sur une de mes étagère. Mon dieu ! Mais où suis-je encore tombé ?! » Et il c’est prit la tête dans les mains.
« - Vous êtes là pour me faire peur ? J’ai demandé.
« - Oh non ! Non non non rassure toi. Je suis là par erreur.
« - Mais euh…comment ça par erreur ?
« - Eh bien vois tu petit, nous les fantômes, nous ne faisons pas n’importe quoi. Nous ne faisons pas ce que nous voulons. Nous sommes envoyés chez des gens précis pour les tourmenter parce qu’ils ont été méchants. Mais ceux qui n’ont rien fait, on ne peut pas leur faire peur comme ça, sans raisons.
« - Ah bon ?! Mais pourquoi ? » Le fantôme parut soudain bien embêté.
« - Ben parce que euh… C’est pas bien d’avoir peur.
« - Oh ben si moi j’aime bien. Mon papa des fois il s’amuse à me faire peur en me racontant des histoires ou en imitant le monstre. C’est rigolo. »
Le fantôme me regarda fixement et d’une petite voix agacée me dit :
« - Parce que tu trouves que j’ai une tête de rigolo peut être ?
« - Ben oui. Tu ressembles à mon oncle Anatole. T’es tout grand et tout maigre avec un gros nez et des vêtements trop petits. T’es pas un vrai fantôme. Les vrais fantômes ils sont habillés avec un drap dessus et des chaînes qui pendent et ils font « Hououhou » en passant à travers les murs. Toi t’as même pas réussi à sortir de mon placard. »
Le fantôme se leva d’un bond et les deux mains sur les hanches il s’emporta :
« - Comment ? Pas un vrai fantôme, moi ? Je suis une âme damné moi jeune homme. Je suis un authentique criminel qui faisait peur à tout le monde quand il était encore en vie. Les gens tremblaient en entendant mon nom. Et ce n’est parce que je refuse de porter ce ridicule déguisement que les fantômes d’Ecosse tentent d’imposer à toute la profession que je ne suis pas un véritable fantôme. »
Et puis il se rassit sur l’étagère et se mit à bouder. Non seulement j’avais dans ma chambre un fantôme qui ne faisait pas peur, mais en plus il était boudeur.
« - Bon d’accord, d’habitude tu fais peur. Mais c’est juste que là t’as raté ton entrée ; ça arrive. Je suis sûr que si tu étais arrivé en faisant « Hououhou », j’aurai eu plus peur c’est tout.
« - Mais au cas où tu ne l’aurais pas remarqué, je ne suis pas une chouette moi jeune homme. Je ne fais pas « Hououhou » moi. Je fais des vrais bruits inquiétants moi. Je suis un professionnel moi. Pas un saltimbanque d’opérette.
« - Ah ouais ?! Tu sais faire des bruits qui font peurs ? Tu m’en fais un ? Oh allez s’il te plait un seul et après je te demanderai plus jamais rien, d’accord ? »
Le fantôme me regarda du haut de l’étagère :
« - Bon. Mais tu pleureras pas après ?
« - Non c’est promis.
« - T’appelleras pas ta maman et tout le bazar hein ?
« - Non non j’te jure. Aller vas-y fait un bruit qui fait peur.
« - Tu me le jures ?
« - Oui j’te le jure sur la tête de euh… de la maîtresse ! »
Le fantôme me regarda du haut de son étagère l’air un peu méfiant, puis sur un ton un peu forcé il dit :
« - Bon. D’accord. Mais juste une fois hein !?
« - Oui oui juste une fois. Allez va z’y ! »
Le fantôme descendit vers moi en flottant dans les airs et d’une voix caverneuse et gutturale se mit à proférer :
« - Benjamin je vais te hanter jusqu’à la fin de tes jours !!! » Et ça a super bien marché. Ça a tellement bien marché que je suis parti vers mes draps en courant et que sans m’en rendre compte j’ai du aussi un peu crié parce que le fantôme arrêtait pas de me faire « Chut ! Mais tais toi tu vas réveiller tout le monde !! Tais toi ! » Quand je me suis calmé, je l’entendais dehors qui continuait à faire « Chut !! ». Alors j’ai sorti la tête de mes draps et je l’ai regardé en lui disant :
« - Wouha ! Génial !
« - Oui bon ben ça va… t’as failli me faire repérer avec tes bêtises. » Il avait à peine fini sa phrase que la lumière c’est allumée dans le couloir. Une seconde plus tard, maman ouvrait la porte en essayant de ne pas faire de bruit et à voix basse elle a dit dans le noir :
« - Tu dors mon chéri ? » Moi j’ai continué à faire semblant de dormir pour pas avoir à m’expliquer. Comme je ne bougeais pas, elle a refermé la porte et elle est partie. Une seconde plus tard j’étais debout à la recherche mon fantôme. Mais j’avais beau appeler, rien. Je regardais dans mon coffre à jouets, rien non plus. Sous le lit ; encore du vide. Dans mon armoire… impossible à ouvrir. Je tirais sur la poignée, je vérifiai bien que la clef n’était pas tournée, mais non, pas moyen d’ouvrir cette satanée porte.
« - Fantôme ? Tu t’es enfermé dans mon placard ?
« - Non ! Me répondit une voix dans l’armoire.
« - Si. Tu t’es enfermé dans mon placard. Tu boudes ?
« - Non. J’en ai juste assez. Je veux renter chez moi et faire peur à Lord Singuelton comme c’était prévu.
« - Oh mais non ! Si tu restes tu pourras faire peur à plein de gens ici tu sais.
« - Oui c’est ça ! Pour qu’ils se mettent à crier au moindre petit geste et qu’ils m’attirent des ennuis, non merci ! Je préfère encore aller dans un château. Au moins là, personne ne fait d’histoire. Au pire on croit que le propriétaire est fou et l’on enferme dans un asile mais à moi on me fiche la paix.
« - Oh aller sort ! Tu te rends pas compte comment ça pourrait être génial si on faisait équipe…
« - Mais je ne fais pas équipe avec les humains et encore moi avec les petits garçons ! Le fantôme ouvrit la porte d’un coup sec et bondit vers moi. Je les terrorise, je les rends fou, je leur fais revivre toutes les nuits leurs pires cauchemars ! Tu comprends ça ? Et dans un claquement bruyant, il se renferma dans le placard.
« - D’accord, comme tu veux. Moi je vais me recoucher. Après tout si monsieur le fantôme préfère bouder dans son armoire…
« - MAIS JE NE BOUDE PAS ! »

Le lendemain matin, la première chose que je fis en me réveillant, c’est d’aller ouvrir mon armoire. Mon fantôme était toujours là, endormi au milieu de mes vêtements. Mes tee-shirts et caleçons lui étaient tombaient dessus et on aurait dit un sapin de noël. Mais il ronflait terriblement et je fis tout pour ne pas le réveiller. Sans faire de bruit, je me suis habillé et j’ai couru prendre mon petit déjeuner. Toute la journée à l’école, j’ai pas arrêté de penser à lui. J’étais sûr qu’on pourrait faire plein de trucs rigolo ensemble. Quand la cloche a sonné la sortie je suis rentrée comme une fusée à la maison. Mais en arrivant devant chez moi, je me suis mis à ralentir. Et si maintenant mon fantôme c’était mis dans la tête de me faire peur à chaque fois que je rentre ? Papa et maman arrivaient tard du travail et ma sœur Justine, depuis qu’elle était rentrée au lycée, arrêtait pas de dire qu’elle restait travailler chez sa copine et elle ne revenait souvent que pour l’heure du repas. Du coup à la maison, j’allais y être seul pendant un bon moment. Seul, avec mon fantôme.
C’est pour ça qu’en arrivant, j’ouvrais la porte d’entrée tout doucement, sans la faire grincer comme d’habitude. Si il croyait qu’il allait réussir à me faire peur comme ça cet espèce d’oncle Anatole surgit d’outre-tombe, il se trompait sacrément. A pas de loup, je me faufilais jusqu’à ma chambre, persuadé qu’il était resté enfermé dans mon placard à attendre qu’on le renvoie chez lui. J’ouvrai la porte d’un coup en hurlant comme un fou pour essayer moi aussi de lui faire peur. Mais à part mes pantalons et mes chaussettes, y’a pas grand monde qui a été terrorisé parce que mon fantôme n’était plus là. Un peu déçu, je me suis mis à faire le tour de la maison en regardant dans toutes les pièces. J’ai bien fini par le retrouver mais pas du tout dans la cave ou dans le grenier comme on aurait pu le croire au départ. Non non. Monsieur était allongé sur le canapé du salon, entrain de regarder la télévision :
« - Ben…qu’est ce que tu fais ? je lui ai demandé.
« - ça se voit pas, m’a-t-il répondu sur son un ton bougon.
« - T’essaye même pas de me faire peur ?
« - Non.
« - Pourquoi ? » Le fantôme c’est prit la figure dans les mains et c’est mis à souffler comme papa fait quand je suis pas loin de prendre une raclée. Et puis il c’est assis sur le canapé et a commencé à parler tout doucement :
« - Ecoute euh… petit. La vie d’un fantôme ce n’est pas de faire peur. Faire peur c’est euh…disons même pas une heure dans chaque journée.
« - Ah bon ? Dis je tout étonné. Mais alors qu’est ce que tu fais le reste du temps. »
Là il a baissé les yeux et puis soudain j’ai eu l’impression qu’il avait l’air tout triste :
« - J’attend. » Il y a eu un petit silence mais comme j’avais pas bien compris je lui ai demandé :
« - Mais euh, t’attend quoi ? Que les gens arrive pour leur faire peur ? Parce que si c’est ça moi j’suis là et j’aimerai bien qu’on joue à se faire peur.
« - Mais non j’attend pas les gens pour leur faire peur, a dit le fantôme en se levant d’un coup et en criant très fort. J’attend que le temps passe c’est tout !!! » Et puis comme ça d’un coup, il a disparu. Je suis resté un moment sans bouger. Et puis finalement je me suis levé. J’étais embêté parce qu’en fait, j’avais brusquement l’impression qu’il avait l’air malheureux mon fantôme. Alors je me suis mis à crier à travers la maison.
« - Fantôme ! Fantôme ! Aller viens, arrête de bouder. Aller montre toi. Moi je voulais que tu me fasses peur parce que je croyais que ça te faisais rigoler. Mais si tu veux on peut faire autre chose. Aller montre toi. On aura qu’à jouer à je sais pas moi… à cahe-cache par exemple. Mais t’aurai pas le droit de disparaître à tord et travers hein, sinon c’est pas du jeu. Bon aller viens. »
J’ai cherché et j’ai cherché. A un moment, j’ai même commencé à dire :
« - Bon aller, on dirait qu’on commence à jouer d’accord ? Si je te retrouve à partir de maintenant, après ce sera à toi de me chercher. » Je suis peut-être pas un fantôme, mais les cachettes de la maison, je les connais toute par cœur. Alors au bout d’un moment, j’ai fini par le retrouver, allonger sur une des poutres du grenier. C’était une des vielles cachette de ma grande soeur quand on jouait encore ensemble.
« - Ben qu’est ce que tu fais là-haut ?
« - A ton avis ? »
Je me hissais jusqu’à lui et lui dit :
« - Oh aller ! Tu veux vraiment pas qu’on devienne copain ? Ce serait rigolo tu crois pas ?
« - Non ; ronchonna t il.
« - Mais pourquoi tu t’en vas pas si t’es malheureux ici. T’es un fantôme. Si tu veux tu peux traverser les murs et aller ailleurs. Va te trouver un vieux château et hante le si c’est ça que tu veux faire.
« - Je ne peux pas partir. Quand un fantôme est envoyé quelque part, il ne peut pas quitter la maison où il est. Il attend qu’on le change. C’est tout.
« - Et ça dure longtemps ?
« - On ne sait jamais vraiment. Mais même si pour nous le temps n’a pas vraiment d’importance, une chose n’a pas changé. C’est sa longueur quand on s’ennuie.
« - Ah bon ? On s’ennuie quand on est un fantôme ?
« - Aah ça ! On ne fait presque que ça. Il avait une petite voix toute triste tout d’un coup et il ne ronchonnait plus du tout. Il respira un grand coup et reprit. Hum… si j’avais su…
« - Si t’avais su quoi ?
« - Si j’avais su que tout ce que j’ai fait de mon vivant me mènerai à ça …
« - Mais t’as vraiment tué des gens et tout ? Parce tu sais ce qu’on dit des fantômes nous les humains. Se sont des gens vraiment méchants qui lorsqu’ils étaient vivants ont été tellement…
« - Oui oui ça va, je suis au courant ! Oui j’ai vraiment été comme ça.
« - Mais pourquoi ?
« - Parce que… j’aimai ça.
« - Tu aimais ça ? Mais on peut pas aimer tuer des gens et faire des trucs horribles aux autres, c’est pas possible.
« - Et si pourtant. A l’époque, j’aimais ça. Je pensais que ça allait me donner de l’importance … me faire exister. Que j’allais être reconnu grâce à tout ça. Personne ne m’avait vraiment accordé d’importance jusqu’à ce que je me mette à tuer les autres. Là on a commencé à me craindre. A me respecter. »
Il y eu un long, très long silence. Je ne savais pas trop quoi dire et encore moins quoi faire mais pour la première fois depuis que je connaissais ce fantôme là, je me suis mis à avoir peur. Et puis il c’est remis à parler.
« - Et puis tu vois après, une fois que j’ai été mort et que j’ai été un fantôme, au début j’en étais fier. J’avais réussi. Même la mort ne voulait pas de moi. Et le temps est passé. Les jours, les mois, les années, les dizaines d’années. Puis sont venus les siècles. Et tout ce temps passé à faire peur aux autres m’a en fait montré toute l’étendu de l’inutilité de ce que j’avais pu faire de mon vivant. Qui se souvient de moi aujourd’hui ? A quoi tout cela a t il servi ? A rien et je suis obligé de le constater chaque jour un petit peu plus… Les seules choses qui me restent désormais sont mes regrets et l’ennuie. Et maintenant je n’ai plus qu’une seule interrogation en tête. Combien de temps cela va-t-il encore durer ? Je suis las de toute cette mascarade. J’ai l’impression de plus en plus de ne servir à rien du tout. Et puis regarde. Même en fantôme je ne fais plus peur. »
« - C’est peut être que t’as plus envi d’être un fantôme alors ? »
Il tourna la tête vers moi et tout en me regardant fixement il reprit :
« - Mais que veux tu que je sois d’autre ? Je ne sais faire que ça moi ! »
« - Ah non regarde. Moi t’arrêtes pas de me faire rigoler et de me donner envi de jouer. C’est bien que quelque part tu as changé. Si t’avais vraiment envi de me faire peur tu pourrais le faire ; rappelle toi hier soir. »
Le fantôme resta un long moment à me regarder l’air un peu surpris et puis il leva les sourcils et dit :
« - Hum c’est vrai. Tu as peut être raison. Peut être qu’il est possible de changer…même pour quelqu’un comme moi. »
Il n’avait pas l’air vraiment convaincu mais il avait arrêté de ronchonner et son visage n’affichait plus aucune expression, comme si il était entrain de réfléchir. Comme j’ai entendu la porte d’en bas s’ouvrir je l’ai laissé tout seul en lui demandant si ça aller bien. Mais il ne m’a pas répondu.
Le lendemain matin c’était dimanche et comme personne n’était debout quand je me suis levé, je me suis mis en quête du fantôme. Ça a été facile de le trouver parce qu’il avait pas bougé. Quand je me suis approché de lui, il a sursauté légèrement, un peu comme si je venais de le réveiller et il m’a regardé avec un drôle d’air.
« - Alors on la fait cette partie de cache-cache ? je lui ai dit.
« - Euh…d’accord. Mais…comment on joue ? »
J’ai sauté par terre et je lui ai expliqué les règles. Au début ça a été facile pour moi parce qu’il se cachait toujours dans les placards parce que je lui avait donné que ça comme exemple. Du coup je le trouvais à tous les coups. Et puis petit à petit, il est devenu plus malin voir même super fort. Je sais pas comment il faisait, mais il arrivait à se mettre dans des endroits incroyables ; le bac à linge sale de la salle de bain, le meuble de l’entrée, le lustre du salon. Je l’ai même retrouvé à la dernière partie, dans mon tiroir à chaussettes.
Pendant les trois mois qui suivirent, on n’a pas arrêté de faire les fous tous les deux. On c’est raconté des histoires, on a jouer au loup et aux explorateurs, on a fait peur au chat. Et puis un matin, il est devenu tout bizarre et il c’est mis à disparaître tout doucement. Moi j’ai tout de suite compris que cette fois, il n’était pas entrain de me faire une blague :
« - Alors ça y est, tu t’en vas ?
« - Oui, m’a-t-il répondu tout sourire.
« - Pour une autre maison à hanter ?
« - Non.
« - Mais pour où alors ?
« - Je ne sais pas, me répondit il d’une voix calme. » Et tout en me faisant au revoir de la main, il disparut.