mercredi 26 novembre 2008

Conversation.

Panique

« - Alors d’abord je t’emmerde…non mais je sais que tu le sais mais je suis contente de te le dire de vivre voix. Ça te paraît peut-être con mais ça me soulage tu vois…Deuxièmement toi et ta pute à dix balle vous pouvez…oui c’est une pute à dix balle…non mais t’as vu sa dégaine elle s’habille dans le noir c’est pas possible…oui non mais arrête de me couper la parole. Pendant trois ans tu m’as mené en bateau en me faisant croire que ci que là, que c’était moi et pas elle et le jour où je t’appelle pour te dire que je suis enceinte tu te casses alors tu permets je vais causer et tu vas m’écouter pour une fois. Parce que moi je suis peut-être naïve mais je suis pas irrespectueuse si un gros con comme toi peut voir ce que ça veut dire le respect. Moi je t’ai jamais menti et c’est sûrement pour ça que t’as pu me balader comme tu l’as fait. Avec moi tu savais toujours où t’allais alors que moi je te suivais en plein brouillard et putain ça a été dure. Mais je t’aimais. Me demande pas pourquoi c’est comme ça. J’arrive toujours pas à comprendre comment j’ai pu aimer un porc comme toi maintenant que le rideau est tombé. Tant que tu couchais un peu à droite à gauche j’ai souffert j’ai accepté mais je t’en ai jamais voulu. Peut-être parce que tous les matins c’était à côté de moi que tu te réveillais et que ça me rassurait quelque part de me dire que malgré tout tu rentrais toutes les nuits. Tes trompries c’était dure mais pas insurmontable. Après tout c’était toujours moi chez qui tu revenais. Mais être une sale merde au point de se barrer parce que je suis enceinte…et se barrer comme un voleur en plus. T’es venu prendre tes affaires en pleine journée. Tu te rends compte de ça. Pendant que j’étais au boulot… T’as paniqué ? Non mais je rêve. T’as paniqué !? Et moi je fais quoi alors hein ? Qu’est ce que je fais moi tu peux me le dire ? Qu’est ce que je fais si je panique aussi ? … Tu vas me filer de l’argent ? Mais t’as rien compris ou quoi ? Tu sais où tu peux te le foutre mettre ton fric de merde ? C’est pas une histoire d’argent. Ça n’a jamais été une histoire d’argent bordel. »

vendredi 21 novembre 2008

Conversation.

Pause clope.

« - T’aurai une cigarette steplait ?

« - J’ai que des roulés.

« - ça fera l’affaire.

« - ça fait longtemps que t’es là?

« - Dans cette boîte ? Deux ans.

« - Et alors ? Il est cool le boss ?

« - Si tu fais ce qu’on demande y’a pas de soucis. Ça fait combien de temps que t’es dans les échafaudages ?

« - Un an. J’ai fait la grande tour en ville l’année dernière. Après ils ont voulu me filer une mission dans une usine d’empaquetage. Mais j’ai redemandé rapido les échafaudages. Ça paye mieux.

« - T’étais à la grande tour ? T’as bossé avec Frezzato et le grand Jules alors ?

« - Ouai. Tu sais ce qu’ils deviennent ?

« -…Frezzato il s’est tué y’a un mois. Tombé d’une travée. A un an la retraite putain vraiment c’est con.

« - Merde. Ch’avais pas.

« - Le grand Jules il c’est trouvé une gonzesse. Il va être papa et il bosse dans une grande surface. Il gagne moins mais comme il avait le vertige il se sent mieux. Bon t’as fini ?

« - Presque.

« - Eh ben tise mon gars. C’est la pause clope c’est pas la pause glande. »

 

jeudi 20 novembre 2008

Conversation

Après le boulot.

 

« - Salut

« - Salut ça va ?

« - Ben ouais ma foi.

« - Alors t’es restée tard au final hier soir ?

« - Oh ben m’en parle pas. Après l’apéro au magasin, Philippe nous a tous emmené boire un coup.

« - Ah ouais où ça ?

« - Sur la grande place. Au bar qu’est tout rouge là tu vois.

« - Ah oui je vois. Et alors c’était sympas ?

« - Ouais ouais carrément.

« -…et c’est tout ? C’était carrément sympas et c’est tout ?

« - Ben oui qu’est ce que tu veux que je te raconte. On a bu des verres on a discuté et puis voilà.

« - Boh attend t’as toujours des trucs à me raconter d’habitude quand vous sortez. Il t’as encore tourné autour ?

« - Non. Pas lui en tous les cas…

« - AH ! Bon mais qui alors ?

« - Bon je te le dis mais tu le répètes à personne hein parce que sinon ça va foutre la merde.

« - Pourquoi ? C’est qui ?

« - François. Le grand de la compta.

« - Nooooooonn. Celui qu’est marié depuis même pas deux ans ?

« - Ouais lui. On a parlé on a parlé. Il m’a dit qu’entre lui et sa femme ça marchait plus très fort depuis qu’ils étaient mariés. Un peu comme s’il n’y avait plus de challenge tu voies. Il n’a plus besoin de la séduire quoi. Faut dire qu’elle a pas l’air vraiment marrante non plus.

« - Ah ben ça c’est sûr que si c’est lui qui te l’as décrit et qu’il avait envi de coucher avec toi, il a pas du lui faire de cadeaux, ça forcément. Bon et alors comment ça c’est fini ?

« - Ben comme on commençait a avoir pas mal picolé et que finalement il me faisait bien rire avec ses histoires on a fini avec deux autres par aller boire des verres chez moi. Et il est reparti super tard.

« - Mais vous avez couché ensemble ?

« - Oh disons qu’on s’est un peu tripoté. Mais j’ai mis le ohlà avant qu’on s’emballe de trop.

« - Pourquoi ?

« - Oh èh ça va hein ! C’est pas parce que j’aime bien le cul que je couche avec n’importe quoi n’importe comment non plus… Et puis ils aiment bien quand on les fait mariner un peu. »

mercredi 19 novembre 2008

Moment

Confirmation.

Assis face au miroir chez le coiffeur, il entretenait sans grand intérêt une conversation sur les résultats sportifs du week-end. Face à lui se reflétait les scènes de vies qui se déroulaient dans son dos, sur le petit marché qui tentait de se réchauffer en ce début d’hiver. La foule allait et venait, offrant un spectacle agité et désordonné.

Malgré le froid vif, la terrasse du café ne désemplissait pas. Et c’est au milieu de ce ballet, alors que le coiffeur continuait de bavarder et que ses cheveux rétrécissaient, qu’il aperçut sa femme. Il n’y crut d’abord pas. Elle ne travaillait pas dans ce coin là de la ville et il n’avait pas souvenir qu’à aucun moment elle lui avait dit qu’elle devait se rendre par ici aujourd’hui. Comme il c’était décidé à la dernière minute et complètement par hasard à s’arrêter chez ce coiffeur, elle non plus ne pouvait pas savoir qu’il se trouvait là. Peut-être avait-elle décidé de venir boire un café avec une copine. Après tout, pourquoi pas. Il continua de l’observer tout en répondant de façon lointaines aux questions du coiffeur. C’était étrange de la voir ainsi, sans qu’elle sache qu’il l’observait. Elle tripotait nerveusement son téléphone. Il lui tardait maintenant d’en avoir finit avec sa coupe de cheveux, tant parce que la conversation commençait à lui peser que parce qu’il voulait aller la rejoindre.

Lorsque le coiffeur en eut enfin terminé avec lui, il se leva, paya, enfila son blouson et s’apprêta à sortir. Ce fut à cet instant qu’il le vit s’approcher de sa femme. Tout sourire, comme elle. La main sur la poignée de la porte il resta un long moment suspendu dans le vide. Quelque part derrière lui une voix lui demandait s’il avait oublié quelque chose. Il dut probablement répondre que non, puis il sortit. C’est à ce moment-là qu’elle le vit. Et c’est à ce moment-là, dans ce regard qu’elle lui lança, dans cette indifférence qu’elle lui manifesta, qu’il comprit que cette fois tout était définitivement terminé. 

mardi 18 novembre 2008

Poème

Ici

J’ai ouvert des portes

Fondu des lingots

Trouvé des vérités accortes

Des mensonges en halos,

Deviné l’éternité

Embrassé la laideur

Et emprunt de brièveté

Effleuré le bonheur.

 

J’ai traversé tant de terres

D’immensités fugaces

Que malgré quatre frontières

La page reste un espace,

D’errances

Immenses.

lundi 17 novembre 2008

Absurderie

Seulitude.

La seulitude était à son sens la seule attitude sensée à cette altitude. Comment amener raisonnablement qui ce soit dans ces hautes sphères, aussi sot soit il ? Ici, il gelait à s’en faire sauter cerveau, l’air était sec et les secondes ne signifiaient plus rien. Seul subsistait ce délicieux sentiment d’absolu, cette douce sensation de n’appartenir qu’à sa seule et unique seulitude. Car oui, à cette altitude, même si l’homme n’en avait pas l’habitude, on y trouvait la liberté dans toute sa démente amplitude. Ici il pouvait dessiner sans censure, de lonnnnnnngues arabesques, sentir couler le long de lui l’air limpide, vider ses pensées jusqu’à n’être plus qu’un souffle dans l’immensité. A cette altitude il n’y avait plus ni pesanteur ni problèmes, tout était léger et bohême.

C’était surtout pour ça qu’il gardait pour lui seul le secret de la clef qui lui permettait de quitter ainsi le sol. Il l’avait trouvé un soir totalement par hasard, qui traînait là dans le noir, assise à regarder sans voir, passer des trains hurleurs.

«- Avez vous vu l’heure ? » fut sa première question, à ce qui lui semblait être une hallucination. C’était sûrement la chose la plus stupide à demander à une clef ; Que pouvait bien lui importer l’heure ? « Près de minuit. » Lui avait-elle pourtant répondu d’un ton triste. « Et je m’ennuie. » Avait-elle rajouté sur un ton tout aussi morne.

« Peut-être pourrais-je vous distraire ? » demanda-t-il timide.

« Aimeriez-vous aller dans les airs ? » lui lança-t-elle sans quitter des yeux, le train qui passait au loin.

« Dans les airs…mais…mais j’en rêve. Quel secret une clef peut-elle garder qui me garantisse à coup sûr de décoller ? » La petite clef leva sa tête vers lui, lui sourit. D’un bond souple elle se leva, sauta sans effort jusqu’à son épaule et lui glissa tout doucement :

« - Ferme les yeux. » Il s’exécuta avec soin. Il ne se passa d’abord rien. A peine un petit tourbillon vint il le titiller. Puis il entendit la voix de la clef, douce et claire :

« - Enfin ! Enfin je te trouve. D’ordinaire, je suis solitaire, c’est ce qui me lie à l’air, car si je suis une clef de sol, c’est dans l’éther que se trouve ma vraie nature. Et c’est uniquement lorsque je trouve un esprit libre, réellement libre, capable de comprendre la partition que je lui joue, que ma présence prend tout son sens. Je donne à l’errance, un goût d’éternelle partance et chaque jour en ma compagnie, n’est plus le lendemain de la veille ou la veille du lendemain, mais un instant unique, précieux, puissant. Je suis la musique et c’est ensemble maintenant que nous volerons. »

vendredi 14 novembre 2008

Moment

Impeccable.

Assise au bout de son lit, un chiffon à la main, elle regardait la chambre. Tout y était impeccablement rangé, parfaitement pensé, proprement ordonné. Le tapis qu’ils avaient acheté en Turquie se mariait à la perfection avec les ocres du petit fauteuil années vingt qu’ils venaient de faire refaire chez le tapissier. Et cette harmonie de couleur répondait elle-même parfaitement à ce meuble lourd qu’ils avaient fini par trouver après des années à chiner et qui trônait maintenant sur le grand mur face au lit. Pas un grain de poussière ne venait entacher ce tableau digne d’un magazine de décoration. Et aussi loin que son esprit pouvait la porter, pas une ombre ne pouvait assombrir l’ensemble de cet équilibre stable.

Elle se leva, se dirigea vers la cuisine pour se servir un verre d’eau et tout au long de son cheminement regarda chacun des meubles si patiemment trouvé, chaque bibelot si brillement disposé, chaque livre si élégamment posé dans ce désordre si bien pensé. Tout était à sa place, parfaitement à sa place, impeccablement à sa place. Et tout en se faisant couler l’eau dans son verre, elle sentit soudain son corps s’écraser, se serrer, comme compressé au milieu de toute cette perfection bon enfant.

Son mari l’aimait, ses enfants vivaient une adolescence rebelle mais somme toute assez banale, ses parents étaient en vie et glissaient doucement vers la vieillesse, sans bruits. Elle avait un boulot sympas, un crédit pour la maison qu’ils allaient finir de payer dans quelques temps, des projets de vacances à l’étranger. Ils avaient des amis fidèles et une famille comme toutes les autres, avec ses histoires et ses réconciliations. Leur santé ne présageait rien de terrible et si une étude commanditée par un de ces nombreux instituts  de sondage venait à être publiée, elle était certaine de se retrouver dedans, en pleine moyenne, bien au milieu. Un encéphalogramme social plat. Pas un angle obtus ne venait écorcher la vision de cette vie propre. Tout était huilé à la perfection et fonctionnait tellement bien que ce matin-là, sans même savoir pourquoi, elle se sentit glisser sur une pente savonneuse le long de laquelle elle n’avait aucun moyen de trouver la moindre prise. Une pente lisse et sans rayure, qui la guidait jusqu’à une mort bien préparée elle aussi, avec convention obsèques et héritage organisé chez le notaire. Sa seule issue ce matin-là, se situait là.

Toujours avec son chiffon à la main, son verre d’eau dans l’autre, elle s’assit dans son canapé confortable et baissa la tête. A quarante cinq ans, le goût des grands projets c’était petit à petit fondu dans la quiétude d’un quotidien qui avait su étouffer avec une redoutable minutie les ambitions de sa jeunesse. Et elle n’arrivait plus aujourd’hui à trouver les ressorts qui lui avaient permis jusqu’alors de voir dans toute cette existence, le bonheur simple d’exister.

Avec lenteur elle se leva, traîna sa mélancolie à travers les pièces au hasard de ses pas. Elle était lourde, prisonnière. Vers midi un bruit de clefs dans la serrure retentit. Ils rentraient. La vie allait reprendre.