lundi 1 octobre 2007

Conte : Le gardien des nuages (1)

Le gardien des nuages



Ce matin là, Alazgard sortie de sa caverne pour voir où en était les nuages. Tout en étirant ses grandes et puissantes ailes, il mit sa main en visière et commença sa tournée d’inspection. A première vue, tout avait l’air d’être en ordre. Les cumulonimbus qu’il avait poussé la veille à l’autre bout de la terre pour arroser les grandes plaines étaient, malgré leur caractère indiscipliné, toujours en place. Un ou deux cumulus traînaient paresseusement leur grosse masse épaisse au dessus du désert de glace, tandis qu’accroché à la montagne, un troupeau d’altocumulus, formait un océan blanc et cotonneux duquel semblait émerger comme de petits îlots abruptes et pointus, le sommet des pics les plus escarpés.
C’était d’ailleurs sur l’un d’eux, qu’Alazagrd avait élu domicile. L’endroit était parfait pour son travail de gardien des nuages. Il lui offrait un point de vue imprenable sur le monde entier et il était ainsi certain de ne jamais oublier quoi que ce soit. Car gardien de nuage n’était pas une tâche facile. De lui dépendait toutes les cultures des hommes et toute la nourriture des animaux et si par malheur il oubliait d’arroser un coin du monde, alors celui-ci pouvait connaître des famines et des jours de désolations terribles. Mais Alazgard était quelqu’un de méticuleux, qui mettait un point d’honneur à ce que son travail soit bien fait.
Ce matin là, après avoir respiré un long moment l’air frais et vivifiant de l’altitude, il décida de partir rassembler les stratocumulus qui s’en étaient allé se disperser de part le monde. Il prit son envol d’un bond puissant puis se laissa tomber comme une pierre. Il accéléra et accéléra encore, le vent le fouettant son visage de plus en plus en fort. Puis d’un seul coup il rouvrit ses grandes ailes et repartit vers les hauteurs en une longue et immense courbe. Une fois revenu à une altitude raisonnable, il prit son rythme de croisière et se mit en quête des nuages qu’il désirait rassembler. Il finit par en repérer tout un groupe du côté de l’océan. Il se mit à tourner autour afin de bien cerner tout l’espace qu’il avait à gérer. Puis, une fois qu’il eut en tête tout ce qu’il avait à faire, il reprit sa danse mais cette fois, il le fit tout en soufflant. Son souffle était un élément primordial, aussi bien de sa personnalité que de son travail. Car tout le secret de son travail réussi résidait dans ce souffle et dans la maîtrise de celui-ci. Chaque nuage, chaque courbe, chaque angle, nécessitait un souffle particulier. Pas question de faire n’importe quoi et de se mettre à souffler à tord et à travers dans le tas. Non. Faire bouger les nuages était une science qui mélangeait à la fois la force et la douceur, la vitesse et la lenteur, la puissance et la délicatesse. Et Alazgard maîtrisait tout cela avec une dextérité sans précédant. Il en tirait une satisfaction avérée et certains, parmi ceux qui le avaient pu le côtoyer, disaient même de lui qu’il en devenait par moment vaniteux.
Mais après tout, que pouvait bien lui importer ces racontars. Son rôle dans le monde était central et il s’acquittait à la perfection de cette tâche. Tout le reste, n’était que des dires liés à la jalousie, pensait-il.
Une fois donc les stratocumulus rassemblés, il décida d’aller survoler un peu la partie ouest du monde. Ce monde dont il était l’un des garants, il ne l’avait d’ailleurs jamais vu que d’en haut. Certes il était bien descendu plusieurs fois au cours de sa vie sur la terre, mais c’était pour des réunions importantes avec des rois et des dieux. Il n’avait donc jamais connu la terre que vu du ciel, projetant les ombres massives de ses protégés sur des régions entières afin de les rafraîchir, dégageant d’autres pour que les rayons des soleils nourrissent la végétation. Tout n’était pas toujours très simples et à certaines saisons il était même parfois un peu débordé, mais dans l’ensemble, les grands mouvements s’opéraient correctement, grâce à ce souffle dont l’avait gâté la nature.
Une fois les stratocumulus déplacés de l’océan vers les territoires du nord, Alazgard laissa son instinct le guider. Arrivé dans la région de l’ouest, il constata que celle-ci commençait à avoir sérieusement besoin d’eau. Il entreprit donc d’aller chercher des nuages plus au sud afin de les faire remonter.
« - D’autant qu’ils viennent de passer plus de trois mois au dessus de la mer et qu’ils doivent donc être maintenant bien chargé de pluie. » se dit il en lui-même. La journée passa donc ainsi, à bouger les nuages d’un bout à l’autre du monde, soufflant pour les déplacer, soufflant pour les arrêter, couvrant grâce à ses ailes des distances incroyables tout en gardant sur la terre, un œil bien veillant.
Parfois le soir venu, lorsqu’il avait eu une rude et longue journée comme celle d’aujourd’hui par exemple, il aimait à s’asseoir en tailleur sur sa terrasse qui dominait le globe et là, juste pour le plaisir, il jouait avec son souffle. Il se mettait dans une direction et lâchait du bout de ses lèvres, de petites brises innocentes. Elles coulaient alors le long de la montagne, déroulant sur le monde, un tapis de fraîcheur. Il faisait cela juste pour le plaisir de sentir jaillir le vent en lui. Il aimait la sensation de légèreté que celui-ci lui procurait dans la gorge. Tout comme il aimait parfois faire fuser des rafales puissantes et sentir le courant fort monter du fond de ses entrailles avant d’exploser dans sa bouche et bondir par ses lèvres. Mais il est vrai que la petite brise du soir, celle qui calme et qui apaise, celle qui pose et qui rafraîchît, avait souvent sa préférence en fin de journée.
Ainsi passait donc la vie d’Alazgard le gardien des nuages. Et ainsi devait elle se passer, pensait il, jusqu’à ce qu’il disparaisse. Mais la vie parfois nous joue des tours, et même les êtres les plus exceptionnels comme pouvait l’être Alazgard, peuvent en être victime.

Un matin donc, alors que le ciel était d’un calme splendide et qu’il volait en direction du nord afin de ranger quelques stratus posés paresseusement là depuis trop longtemps, passa prés de lui un petit oiseau rouge et jaune qui battait des ailes avec force et vigueur. Le gardien des nuages fut un peu surpris de voir un si petit volatile en cet endroit et il feignit donc de l’ignorer.
« - Mais enfin que peut bien fabriquer un si petit individu par ici ? pensa t il en lui-même. Ici c’est le royaume des vents et des nuages. Tout au plus des aigles et des condors, mais lui, qui est il ? Un petit oiseau de rien qui vit habituellement dans les branches des arbres et sous les toits des maisons. Heureusement qu’il n’y en pas tous les jours des comme lui par ici parce que sinon… enfin bon. » Mais le petit oiseau, loin d’être impressionné, commença promptement à lui parler :
« - Bonjour monsieur le gardien, comment allez-vous ? »
Alazgard le regarda du coin de l’œil et la mine fermée lui répondit :
« - Bien bien. Je vais bien merci.
« - ça alors ; si on m’avait dit qu’un jour il me serait donné de voir Alazgard le gardien des nuages, jamais je ne l’aurai cru.
« - Et bien tu vois maintenant c’est fait…mais je suis désolé, j’ai du travail et il faut que j’y aille. »
Le petit oiseau se mit à redoubler de vigueur dans ses battements d’ailes et piailla :
« - Non non attendez, s’il vous plait, juste un instant. » Un peu agacé Alazgard s’arrêta et le regarda d’un œil noir :
« - Je voulais juste vous demander…pourriez vous souffler pour moi, me faire monter encore plus haut. Mes ailes ne me portent plus et pour un petit oiseau comme moi, ça n’est pas facile d’en arriver là où j’en suis désormais. J’aimerais juste aller un tout peu plus haut et pour vous, cela ne vous coûte rien, à peine un petit souffle. S’il vous plait Alazgard, aidez moi à accomplir mon rêve ! »
Alazgard n’en cru pas ses oreilles. Comment ?! Un petit oiseau de rien du tout, qui n’avait rien à faire si haut, osait lui demander à lui, le grand Alzgard, de le porter aux nus. A la limite de la moquerie, il lui répondit d’un air dédaigneux :
« - Veux-tu rire petit oiseau ? Seul l’aigle ou le condor peuvent bénéficier de mon souffle et encore, seul les plus prestigieux d’entre eux. Crois-tu que je sois un ascenseur à oiseaux ? Je suis Alazgard petit passereau et tu n’as rien à me demander.» Et d’un battement d’aile méprisant, il s’envola vers les hauteurs, reprenant son travail comme si de rien n’était.
Quelques instants plus tard, il trouva sur sa route, cachés derrière une montagne immense, une bande de nuages d’orages qui faisaient des ravages. Mais il eut tôt fait de les balayer à coup de bourrasques puissantes. Certes cela ne se fit pas sans quelques réticences et éclairs perfidement lancés dans sa direction mais il finit quand même par en venir à bout. Les nuages qui abritaient les orages étaient les plus rebelles de tous. Ils détestaient qu’on les bougent et plus on leur soufflait dessus plus ils se cabraient et résistaient. Et si par malheur on s’emportait et que l’on se mettait à souffler trop fort pour tenter de les maîtriser, alors ils prenaient un malin plaisir à se transformer en tempête et pouvaient devenir parfois totalement incontrôlables. Il n’y avait plus qu’à attendre qu’ils se calment et cela pouvait prendre parfois des jours et des jours. Autant dire qu’il valait mieux manier ces nuages là avec des pincettes. Mais Alazgard savait tout cela et ne se faisait plus que rarement prendre dans le piége de la tempête.
Une fois donc les orages rassemblés et répandus là où ils devaient l’être, Alzgard fit un grand tour dans le ciel afin de jeter un œil à l’ensemble de son cheptel. Il se laissa flotter dans les airs, regardant le soleil teinter les nuages de pourpres et de roses. Il avait parfois l’impression que ces formes éléphantesques et vaporeuses allaient soudain s’animer, prendre leur propre chemin dans le ciel et se mettre à bouger toute seul. Elles semblaient si pleines, si vivantes avec leurs formes rondes qui changeaient le temps d’un battement de cil. Mais non. Sans lui, les nuages n’étaient plus que des tas de gouttelettes sans vie, incapable de se mouvoir et de porter la pluie, l’ombre ou la neige à travers le monde. Sans lui le ciel ne serait plus qu’une peinture statique. Grâce à lui la terre et ses habitants pouvaient voir chaque jour, chaque heure, comme un moment différent, comme un moment unique, si peu qu’ils prennent une seconde pour regarder en l’air.
Tout dépendait donc de lui et Alazgard en était fier…Et c’est tout gonflé par cette pensée qu’il rentra ce soir là jusqu’au sommet de la montagne. Mais au moment où il replia ses grandes ailes pour rentrer dans sa caverne, il sentit soudain monter en lui une grande amertume. Le contraste avec la fierté qu’il avait éprouvé quelques instants auparavant fut si saisissant qu’il lui en donna presque un vertige. Il se reprit en s’appuyant sur un bord de la paroi et tout en se tenant la tête, il se dit en lui-même :
« - Eh bien mon ami. Ce combat contre les orages t’as peut être fatigué un peu plus que de coutume. » Ce soir là, il se coucha sans manger et dans un dernier souffle, il éteignit sa bougie, ferma les yeux et s’endormie comme une pierre.

dimanche 30 septembre 2007

Poème

Gourmandises

Assis à ne rien faire
Regardant respirer la mer
Les heures une à une se coulent
Dans le moule de ma mémoire
Fabriquant tacitement une foule
De petites confiseries dérisoires.

Je me délecterais un jour
De tous ces moments de velours,
Un de ces jours à venir
Lorsque la vie commencera à me fuir,
Et que de mon corps sans âge,
Seule ma mémoire me permettra encore le voyage.
Je suçoterai alors un de ces petits souvenirs
Et garderai alors à jamais sur mes lèvres, mon sourire.

samedi 29 septembre 2007

vendredi 28 septembre 2007

Poème

Caresse

Ma main entre tes seins
Effleurant leur délicieux dessin.
Le long de tes courbes fines
Je la laisse aller, badine
Jusqu’au creux de tes reins,
Petit souffle aérien
Qui dans un murmure sensuel
T’embrasse, du bout de ses ailes.

mercredi 26 septembre 2007

Poème

Balançoire

Assis sur ma balançoire
Je laisse mes idées choir.
J’en rattrape une au hasard,
La jette à la mer,
Et vois apparaître sans y croire
Un immense serpent de mer.
Ne sachant pas quoi faire
Je lui ai collé deux ailes folles
Qui avec lui prirent leur envol
Vers d’autres atmosphères.

Et puis j’ai continué mes passifs balancements
Les yeux pleins de soleils
Et le visage plein de vent ;
Mais c’est par une oreille
Et un étrange grincement
Qu’une fois de plus évidement
Je fus entraîné dans une histoire
Bien loin de ma paisible balançoire.

Car quelle ne fut pas ma surprise
De voir dans l’arbre, assise,
Une chaise musicale,
Venue tout droit du lac Baïkal.
Elle était là, pataude,
Avec ses pieds trop courts
Et ses couleurs chaudes
A regarder la mer
Tout en jouant son drôle d’air.

Assis sur ma balançoire
J’ai laissé mes idées choir
Mais seules les plus indisciplinées
Entrèrent dans ce carnet.

mardi 25 septembre 2007

Conte : Hector




Ski m’est arrivé…


Cette année, c’est à moi de partir avec un copain au ski. L’année dernière on avait emmené Nicolas, le copain de mon grand frère Benjamin et ils ont pas arrêté de m’embêter pendant toutes les vacances. Ils arrêtaient pas de me descendre mon bonnet sur les yeux et après ils rigolaient comme des idiots. Alors cette fois je suis bien content de partir avec Théo. Le ski, on y va tous les ans dans un appartement que papa et maman louent. C’est jamais le même et heureusement parce que des fois y’en a eu des vraiment nuls. L’année dernière ça avait même fait des histoires parce qu’y avait déjà quelqu’un dans notre appartement quand on est arrivé pour s’installer. On avait dû retourner à l’agence pour s’expliquer. Papa s’était fâché, il s’était mis à crier que c’était inadmissible en faisant des grands gestes dans tout le magasin et qu’il allait leur faire une de ces pub du tonnerre et qu’il voulait voir le responsable tout de suite. Finalement tout avait fini par s’arranger et on nous en avait donné un autre.
Avec Théo, on est tout excité depuis qu’on sait qu’on part ensemble. En plus là bas, il y aura mes cousins Léo et Frédéric et ma petite cousine Zoé. Mais elle, elle est trop petite pour venir avec nous alors elle reste encore avec tante Clara à faire de la luge dans le jardin des petits. Déjà quelques fois, on part tous les deux chez les grand parents de Théo qui ont une grande maison de vacances en Bretagne et à chaque fois on rigole bien. Théo je le connais depuis tout petit. On est en CM1 tous les deux, mais pas dans la même classe. Moi je suis dans celle de Madame Hourbic mais nous on l’appelle madame bourrique parce qu’on trouve que ça lui va mieux. Elle est vieille, toujours habillée pareil avec sa blouse blanche et son chignon derrière le tête et quand elle crie sur quelqu’un parce qu’il a fait un peu la foire, elle lui postillonne partout dessus. Théo lui, il est dans la classe de Monsieur Dupuis. Il a trop de chance. Des fois il gronde un peu fort mais souvent il fait des blagues et il rigole. Eux ils font du dessin tous les mardis après midi et même qu’en fin d’année il les montre à la fête de l’école. Nous ça risque pas de nous arriver avec madame bourrique. Le seul truc rigolo qu’on a fait c’est faire pousser des lentilles dans du coton. Mais ce qui était marrant, c’était que celle de la maîtresse elles ont jamais poussé. Elles sont devenues toute jaune et elles sont morte toute petite. Nous on est sûr que c’est à cause de ses postillons qui sont empoisonnés. Mais bon, regarder les lentilles pousser ça va cinq minutes. Surtout quand on sait qu’après on va avoir droit à toute l’explication de la vie de la lentille avec une interro dessus. Heureusement qu’avec Théo on se retrouve à toutes les récrés pour pouvoir jouer ensemble. D’ailleurs juste avant de partir au ski on s’est fait punir pendant une récré tous les deux, tout ça parce que je m’étais caché dans le placard juste à côté de la porte d’entrée de la classe, celui ou madame Hourbic elle range son grand manteau et son sac. Vu que Théo il ne me voyait pas dans la cour, il est venu voir dans la classe pour regarder si je m’étais pas fait punir. Au moment où il est entré, je suis sorti de ma planquette. Mais le problème c’est que la maîtresse se trouvait dans la classe juste à coté en train de discuter avec Monsieur Dupuis. Alors forcément, vu que je suis sorti en hurlant comme un fou et que Théo aussi il a hurlé comme un fou parce que j’avais bien réussi mon coup, ça a fait un boucan de tous les diables et ils sont arrivés en courant. Résultat, on a eu une punition et elle a voulu voir maman qui m’a grondé aussi et qui m’a dit que si j’étais pas sage avant que les vacances arrivent, je serais privé de ski. Mais bon, ça a fini par s’arranger.
Le soir avant de partir, Théo est venu dormir à la maison parce que le matin on devait se lever tôt pour arriver tôt à la station et pouvoir skier dès l’après midi. Avant d’aller se coucher, nous on arrêtait pas de sauter partout parce qu’on était super content. On a même voulu dormir directement avec nos combinaisons pour être prêt dès le réveil mais maman nous a dit qu’on aurait peut être un petit peu chaud dans la nuit, alors il valait mieux dormir en pyjama comme d’habitude. On a tout préparé et puis on est allé se coucher. Mais on a quand même eu un peu de mal à s’endormir. On n’arrêtait pas de parler et de s’imaginer tout ce qu’on allait pouvoir faire une fois là bas. Il m’a même raconté qu’une fois il avait vu un film à la télé avec des gens qui faisaient des sauts périlleux arrière et tout ça. Mais je crois pas que pour être un héros dans la montagne il faut savoir faire des trucs comme ça. Déjà si j’arrive à avoir ma fléchette d’argent je serai sacrément fort pour mon âge. Finalement on a dû finir par s’endormir sans s’en rendre compte parce que quand papa est entré dans la chambre pour nous dire de nous lever j’étais entrain de rêver. Pour une fois, papa il a pas eu besoin de revenir dix fois pour me dire de me lever. On est arrivé deux minutes plus tard dans la cuisine, tout préparé. Par contre mon frère lui il s’était rendormi comme d’habitude alors il a fallu que j’aille le lever avec Théo. Le seul truc qu’il a trouvé à dire c’est : « C’est bon ; la neige elle va pas fondre, relax.» Il s’en fout de tout mon frère de toute façon. Mais bon, on a quand même fini par partir. Enfin on est parti et puis on est revenu parce que maman avait oublié de prendre son sac à mains avec les photomatons pour les forfaits de ski. Pendant le voyage on a un peu parlé mais on a surtout pas mal dormi. Dehors il faisait nuit et on voyait rien. Quand je me suis réveillé, on était déjà presque dans la montagne. Il y avait de la neige partout et c’était super chouette. On est arrivé à l’appartement, on a tout déchargé et tout de suite après on est allé louer des skis pour Théo et moi. Papa et maman ils ont déjà les leurs et Benjamin il a eu un snow board à noël alors il a plus besoin d’aller en louer. D’ailleurs ça a fait un peu des histoires parce que du coup nous avec Théo on voulait aussi un snow board. C’est pas parce que Benjamin en avait un mais c’est surtout parce qu’on allait devoir prendre des cours et que si on avait des skis, celui qui allait nous faire les cours cette année c’était Léon. Léon il est vieux et il mesure au moins deux mètres. Avec son gros ventre, ses mains énormes et ses dents jaunes on dirait un ogre. En plus il a une grosse voix qui roule les « r » et quand on s’applique pas il nous crie dessus. « Les mains devant ! Lève la tête au lieu de regarder tes skis. Mais Bon Dieu tu veux faire du ski ou tu veux aplatir la neige. » Moi il m’énerve.
Au moins, si on a des snows, on sera avec Alex. Il est super sympas lui. C’est mon frère qui me l’a dit parce qu’il l’a eu l’année dernière. Mais bon, finalement maman a cédé en disant que ça n’était pas très raisonnable et qu’on avait intérêt d’être sage et de ne pas faire n’importe quoi. Nous on a dit merci, on a promis et on a sauté partout. Après, on est parti s’inscrire aux cours pour toute la semaine. La dame des cours elle avait l’air un peu débordé. Il y avait plein de monde partout dans son petit magasin et comme les cours c’est surtout pour les enfants et que les parents ils étaient venus avec eux, ça fichait un sacré bazar. En arrivant, on a tout de suite vu tante Clara qui était déjà en train de faire la queue pour inscrire mes deux cousins. Zoé étaient là aussi. Elle était assise par terre sous une table, en train de mâchonner une barre de chocolat mais on avait plutôt l’impression qu’elle essayait de se colorier la figure avec, tellement elle en avait partout. Comme on savait pas trop quoi faire avec Théo, j’ai demandé à maman si on pouvait allait rejoindre Léo et Frédéric. Eux, ils habitent juste à côté du magasin des profs de ski et ils ont toujours le même appartement. Elle nous a dit oui à condition qu’on ne fasse pas de bêtise une fois là bas. On lui a demandé de nous mettre avec Alex et on est parti avec nos snow baord sous le bras.
Quand maman et tante Clara sont arrivées, on était tous les quatre sur le balcon. Il c’était mis à neiger et on était en train de vérifier si nos combinaisons résistaient bien au froid. Comme il fallait faire vite parce que notre premier cours était à quatorze heure, on a tous mangé sur place. Papa, oncle Michel et Benjamin, eux ils étaient déjà sur les pistes. Quand on est arrivé au lieu de rendez vous, j’avais l’impression que le bazar qu’il y avait le matin dans le magasin des professeurs, s’était transporté jusque là et qu’en plus il y en avait qui c’était rajouté. Nous on s’est mis sous l’ours avec marqué ESF dessus, comme c’était prévu et puis on a attendu. Comme Alex venait pas, on a commencé à s’ennuyer. Il faut dire qu’on était un peu pressé de monter sur les snow. Alors pour s’occuper on a décidé de faire un bonhomme de neige. Un autre type qu’on connaissait pas est venu nous demander si il pouvait nous aider et finalement on s’est retrouvé à cinq pour faire le bonhomme. L’autre il s’appelait Arthur et comme il arrêtait pas de neiger il nous a dit qu’il espérait qu’il allait pas y avoir des avalanches parce que quand il neige beaucoup des fois ça arrivait. Nous on lui a dit que c’était n’importe quoi son histoire d’avalanche parce que sur les pistes de ski il y avait les pisteurs qui les faisaient tomber avant. Mais Arthur a répondu que si c’était possible, même que c’était son père qui lui avait dit et que si on le croyait pas il allait aller le chercher pour qu’il nous le dise. Et il est parti. Pendant ce temps là Frédéric avait fait une boule de neige qu’il avait lancé dans la figure de Léo. Evidemment Léo s’était fâché et avait voulu se venger et ils avaient commencé a se battre. Finalement, Alex est arrivé. Il a commencé par essayer de rassembler tout le monde en nous faisant mettre en rang par deux devant lui et ça a pas été une mince affaire parce qu’en fait on était dix et qu’on était tous éparpillé. Fred et Léo était en train de se battre au pied de l’ours, Théo et moi on essayait de finir le bonhomme de neige, Arthur était parti chercher son père et il y avait quatre filles qui discutaient dans leur coin en rigolant bêtement et qui l’avaient pas vu arriver. Après avoir recommencé quatre fois l’appel sans jamais arriver jusqu’au dixième, il a fini par arriver au prénom d’un type qu’on connaissait pas : Thibault. En fait Thibault il était pas très loin mais il pouvait pas parler parce qu’il était entrain de pleurer assis dans la neige juste derrière Alex. En entendant son prénom, il a fait un petit « oui » et en le regardant j’ai eu l’impression de voir ma cousine Zoé qui sait pas encore se moucher toute seule.
« Pourquoi tu pleures ? lui a demandé Alex
« Parce que je veux pas mourir dans une avalanche », lui a répondu le gars en pleurant.
« Mais tu vas pas mourir dans une avalanche, t’inquiète pas. Il y a pas d’avalanche en se moment et puis sur les pistes tu risques rien. Allez lève toi ».
« Si, si y’a des avalanches, même que c’est son père qui l’a dit », répétait le gars en pleurant et en montrant Arthur du doigt qui était revenu.
« Ben ouais c’est vrai », a répondu Arthur, « vous voulez que j’aille le chercher ? »
Alex il est devenu tout rouge comme son blouson où il y avait marqué ESF en gros dessus et il s’est mis a fumé du blanc par les narines comme ça fait normalement par la bouche quand il fait froid et il a dit :
« Non, non tu restes ici. Là, à ce poteau bleu et tu bouges plus. Bon Thibaut ! Tu veux venir skier oui ou non ? »
« Oui mais pas là où il y a des avalanches » a répondu Thibault en s’essuyant le nez sur son blouson.
« Mais oui c’est bon. On ira pas là où il y a des avalanches. Aller lève toi maintenant. »
Et puis on est parti à pied vers le télé-siége de l’isard qui était pas trop loin. Mais comme ça descendait un peu il valait mieux faire comme ça. En arrivant, on a tous chaussé les snow et on s’est mis dans la file. Alex nous a compté et on était neuf. Il a recompté une deuxième fois mais on était toujours neuf.
« Mais c’est pas possible ça. Qui est ce qui manque encore ? » a demandé Alex tout fort. C’est Léo qui a répondu que c’était Arthur qui était pas là parce qu’il était resté au poteau. Il croyait qu’il était puni et comme il voulait pas se faire fiche une raclé par son père il avait fait ce qu’on lui avait dit. Alex il s’est mis les mains sur la tête, il a dit « c’est pas vrai mais c’est pas vrai ! » Il est parti chercher Arthur en courant et après le cours a commencé. C’est pas facile le snow board mais bon à la fin du cours on savait quand même un petit peu tenir dessus. Maman nous attendait à l’ours et on était tellement content de notre journée avec Théo qu’on lui a demandé si on pouvait lui montrer juste une fois ce qu’on avait appris. Elle a dit oui et on est parti vers le petit télésiège Mickey qui monte pas très haut. Moi j’étais pas encore très stable alors j’allais plutôt doucement. D’en haut on a fait signe à maman qui nous regardait de tout en bas. Je suis parti le premier en essayant de bien m’appliquer dans mes virages et puis à un moment j’ai vu Théo qui me doublait à fond avec son snow. Enfin je crois que plutôt c’était le snow qui allait à fond avec Théo dessus parce qu’il partait droit vers une grosse bosse et que si c’était Théo qui avait dirigé le snow, il serait pas allé vers elle. D’en haut, je l’ai vu s’envoler, j’avais l’impression qu’il était suspendu en l’air par un fil invisible et puis que tout d’un coup, quelqu’un avait coupé la ficelle à laquelle il était accroché et qu’il s’était écrasé. Tout en bas je voyais maman qui avait mis ses mains devant la bouche. Quand je suis arrivé près de Théo, il était encore allongé par terre, tout couvert de neige. Il avait perdu son bonnet et ses lunettes étaient toutes cassées. Je me suis approché, il m’a regardé et il a rigolé.
Le soir en m’endormant, je me voyais déjà en train de dévaler les pentes vierges en chevauchant les avalanches. Cette semaine c’est sûr, Hector le fulgurant allait accrocher une nouvelle corde à son arc de héros.

lundi 24 septembre 2007

Poème


Noyer l’ennui

Ma flamme est liquide
Et par elle
Je tente d’inonder le vide
De ma vie sans ailes.