vendredi 28 novembre 2008
mercredi 26 novembre 2008
Conversation.
Panique
« - Alors d’abord je t’emmerde…non mais je sais que tu le sais mais je suis contente de te le dire de vivre voix. Ça te paraît peut-être con mais ça me soulage tu vois…Deuxièmement toi et ta pute à dix balle vous pouvez…oui c’est une pute à dix balle…non mais t’as vu sa dégaine elle s’habille dans le noir c’est pas possible…oui non mais arrête de me couper la parole. Pendant trois ans tu m’as mené en bateau en me faisant croire que ci que là, que c’était moi et pas elle et le jour où je t’appelle pour te dire que je suis enceinte tu te casses alors tu permets je vais causer et tu vas m’écouter pour une fois. Parce que moi je suis peut-être naïve mais je suis pas irrespectueuse si un gros con comme toi peut voir ce que ça veut dire le respect. Moi je t’ai jamais menti et c’est sûrement pour ça que t’as pu me balader comme tu l’as fait. Avec moi tu savais toujours où t’allais alors que moi je te suivais en plein brouillard et putain ça a été dure. Mais je t’aimais. Me demande pas pourquoi c’est comme ça. J’arrive toujours pas à comprendre comment j’ai pu aimer un porc comme toi maintenant que le rideau est tombé. Tant que tu couchais un peu à droite à gauche j’ai souffert j’ai accepté mais je t’en ai jamais voulu. Peut-être parce que tous les matins c’était à côté de moi que tu te réveillais et que ça me rassurait quelque part de me dire que malgré tout tu rentrais toutes les nuits. Tes trompries c’était dure mais pas insurmontable. Après tout c’était toujours moi chez qui tu revenais. Mais être une sale merde au point de se barrer parce que je suis enceinte…et se barrer comme un voleur en plus. T’es venu prendre tes affaires en pleine journée. Tu te rends compte de ça. Pendant que j’étais au boulot… T’as paniqué ? Non mais je rêve. T’as paniqué !? Et moi je fais quoi alors hein ? Qu’est ce que je fais moi tu peux me le dire ? Qu’est ce que je fais si je panique aussi ? … Tu vas me filer de l’argent ? Mais t’as rien compris ou quoi ? Tu sais où tu peux te le foutre mettre ton fric de merde ? C’est pas une histoire d’argent. Ça n’a jamais été une histoire d’argent bordel. »
vendredi 21 novembre 2008
Conversation.
Pause clope.
« - T’aurai une cigarette steplait ?
« - J’ai que des roulés.
« - ça fera l’affaire.
…
« - ça fait longtemps que t’es là?
« - Dans cette boîte ? Deux ans.
« - Et alors ? Il est cool le boss ?
« - Si tu fais ce qu’on demande y’a pas de soucis. Ça fait combien de temps que t’es dans les échafaudages ?
« - Un an. J’ai fait la grande tour en ville l’année dernière. Après ils ont voulu me filer une mission dans une usine d’empaquetage. Mais j’ai redemandé rapido les échafaudages. Ça paye mieux.
« - T’étais à la grande tour ? T’as bossé avec Frezzato et le grand Jules alors ?
« - Ouai. Tu sais ce qu’ils deviennent ?
« -…Frezzato il s’est tué y’a un mois. Tombé d’une travée. A un an la retraite putain vraiment c’est con.
« - Merde. Ch’avais pas.
« - Le grand Jules il c’est trouvé une gonzesse. Il va être papa et il bosse dans une grande surface. Il gagne moins mais comme il avait le vertige il se sent mieux. Bon t’as fini ?
« - Presque.
« - Eh ben tise mon gars. C’est la pause clope c’est pas la pause glande. »
jeudi 20 novembre 2008
Conversation
Après le boulot.
« - Salut
« - Salut ça va ?
« - Ben ouais ma foi.
« - Alors t’es restée tard au final hier soir ?
« - Oh ben m’en parle pas. Après l’apéro au magasin, Philippe nous a tous emmené boire un coup.
« - Ah ouais où ça ?
« - Sur la grande place. Au bar qu’est tout rouge là tu vois.
« - Ah oui je vois. Et alors c’était sympas ?
« - Ouais ouais carrément.
« -…et c’est tout ? C’était carrément sympas et c’est tout ?
« - Ben oui qu’est ce que tu veux que je te raconte. On a bu des verres on a discuté et puis voilà.
« - Boh attend t’as toujours des trucs à me raconter d’habitude quand vous sortez. Il t’as encore tourné autour ?
« - Non. Pas lui en tous les cas…
« - AH ! Bon mais qui alors ?
« - Bon je te le dis mais tu le répètes à personne hein parce que sinon ça va foutre la merde.
« - Pourquoi ? C’est qui ?
« - François. Le grand de la compta.
« - Nooooooonn. Celui qu’est marié depuis même pas deux ans ?
« - Ouais lui. On a parlé on a parlé. Il m’a dit qu’entre lui et sa femme ça marchait plus très fort depuis qu’ils étaient mariés. Un peu comme s’il n’y avait plus de challenge tu voies. Il n’a plus besoin de la séduire quoi. Faut dire qu’elle a pas l’air vraiment marrante non plus.
« - Ah ben ça c’est sûr que si c’est lui qui te l’as décrit et qu’il avait envi de coucher avec toi, il a pas du lui faire de cadeaux, ça forcément. Bon et alors comment ça c’est fini ?
« - Ben comme on commençait a avoir pas mal picolé et que finalement il me faisait bien rire avec ses histoires on a fini avec deux autres par aller boire des verres chez moi. Et il est reparti super tard.
« - Mais vous avez couché ensemble ?
« - Oh disons qu’on s’est un peu tripoté. Mais j’ai mis le ohlà avant qu’on s’emballe de trop.
« - Pourquoi ?
« - Oh èh ça va hein ! C’est pas parce que j’aime bien le cul que je couche avec n’importe quoi n’importe comment non plus… Et puis ils aiment bien quand on les fait mariner un peu. »
mercredi 19 novembre 2008
Moment
Confirmation.
Assis face au miroir chez le coiffeur, il entretenait sans grand intérêt une conversation sur les résultats sportifs du week-end. Face à lui se reflétait les scènes de vies qui se déroulaient dans son dos, sur le petit marché qui tentait de se réchauffer en ce début d’hiver. La foule allait et venait, offrant un spectacle agité et désordonné.
Malgré le froid vif, la terrasse du café ne désemplissait pas. Et c’est au milieu de ce ballet, alors que le coiffeur continuait de bavarder et que ses cheveux rétrécissaient, qu’il aperçut sa femme. Il n’y crut d’abord pas. Elle ne travaillait pas dans ce coin là de la ville et il n’avait pas souvenir qu’à aucun moment elle lui avait dit qu’elle devait se rendre par ici aujourd’hui. Comme il c’était décidé à la dernière minute et complètement par hasard à s’arrêter chez ce coiffeur, elle non plus ne pouvait pas savoir qu’il se trouvait là. Peut-être avait-elle décidé de venir boire un café avec une copine. Après tout, pourquoi pas. Il continua de l’observer tout en répondant de façon lointaines aux questions du coiffeur. C’était étrange de la voir ainsi, sans qu’elle sache qu’il l’observait. Elle tripotait nerveusement son téléphone. Il lui tardait maintenant d’en avoir finit avec sa coupe de cheveux, tant parce que la conversation commençait à lui peser que parce qu’il voulait aller la rejoindre.
Lorsque le coiffeur en eut enfin terminé avec lui, il se leva, paya, enfila son blouson et s’apprêta à sortir. Ce fut à cet instant qu’il le vit s’approcher de sa femme. Tout sourire, comme elle. La main sur la poignée de la porte il resta un long moment suspendu dans le vide. Quelque part derrière lui une voix lui demandait s’il avait oublié quelque chose. Il dut probablement répondre que non, puis il sortit. C’est à ce moment-là qu’elle le vit. Et c’est à ce moment-là, dans ce regard qu’elle lui lança, dans cette indifférence qu’elle lui manifesta, qu’il comprit que cette fois tout était définitivement terminé.
mardi 18 novembre 2008
Poème
Ici
J’ai ouvert des portes
Fondu des lingots
Trouvé des vérités accortes
Des mensonges en halos,
Deviné l’éternité
Embrassé la laideur
Et emprunt de brièveté
Effleuré le bonheur.
J’ai traversé tant de terres
D’immensités fugaces
Que malgré quatre frontières
La page reste un espace,
D’errances
Immenses.
lundi 17 novembre 2008
Absurderie
Seulitude.
La seulitude était à son sens la seule attitude sensée à cette altitude. Comment amener raisonnablement qui ce soit dans ces hautes sphères, aussi sot soit il ? Ici, il gelait à s’en faire sauter cerveau, l’air était sec et les secondes ne signifiaient plus rien. Seul subsistait ce délicieux sentiment d’absolu, cette douce sensation de n’appartenir qu’à sa seule et unique seulitude. Car oui, à cette altitude, même si l’homme n’en avait pas l’habitude, on y trouvait la liberté dans toute sa démente amplitude. Ici il pouvait dessiner sans censure, de lonnnnnnngues arabesques, sentir couler le long de lui l’air limpide, vider ses pensées jusqu’à n’être plus qu’un souffle dans l’immensité. A cette altitude il n’y avait plus ni pesanteur ni problèmes, tout était léger et bohême.
C’était surtout pour ça qu’il gardait pour lui seul le secret de la clef qui lui permettait de quitter ainsi le sol. Il l’avait trouvé un soir totalement par hasard, qui traînait là dans le noir, assise à regarder sans voir, passer des trains hurleurs.
«- Avez vous vu l’heure ? » fut sa première question, à ce qui lui semblait être une hallucination. C’était sûrement la chose la plus stupide à demander à une clef ; Que pouvait bien lui importer l’heure ? « Près de minuit. » Lui avait-elle pourtant répondu d’un ton triste. « Et je m’ennuie. » Avait-elle rajouté sur un ton tout aussi morne.
« Peut-être pourrais-je vous distraire ? » demanda-t-il timide.
« Aimeriez-vous aller dans les airs ? » lui lança-t-elle sans quitter des yeux, le train qui passait au loin.
« Dans les airs…mais…mais j’en rêve. Quel secret une clef peut-elle garder qui me garantisse à coup sûr de décoller ? » La petite clef leva sa tête vers lui, lui sourit. D’un bond souple elle se leva, sauta sans effort jusqu’à son épaule et lui glissa tout doucement :
« - Ferme les yeux. » Il s’exécuta avec soin. Il ne se passa d’abord rien. A peine un petit tourbillon vint il le titiller. Puis il entendit la voix de la clef, douce et claire :
« - Enfin ! Enfin je te trouve. D’ordinaire, je suis solitaire, c’est ce qui me lie à l’air, car si je suis une clef de sol, c’est dans l’éther que se trouve ma vraie nature. Et c’est uniquement lorsque je trouve un esprit libre, réellement libre, capable de comprendre la partition que je lui joue, que ma présence prend tout son sens. Je donne à l’errance, un goût d’éternelle partance et chaque jour en ma compagnie, n’est plus le lendemain de la veille ou la veille du lendemain, mais un instant unique, précieux, puissant. Je suis la musique et c’est ensemble maintenant que nous volerons. »